‹ Œuvres dramatiquesChapitre 47 sur 290 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

Entre TIBERIO, suivi de FELISARDO très-élégamment vêtu,

sans marque ni carcan.

tiberio. — Ne craignez rien; vous pouvez entrer. J'ai la permission.

felisardo. — J'avoue que je n'en ai pas encore le courage.

tiberio. — Entrez donc; seulement n'oubliez pas que vous répondrez au nom de Felisardo.

felisardo, à part. — Voilà qui est fort! Il me dit de prendre le nom qui m'appartient.

lisarda, à Belise. — Tu le vois, il faut te rendre.

belise. — Non; cela est en contradiction avec la noblesse de ton cœur. Même en voyant ce que je vois, je ne puis croire que tu te maries.

tiberio, à Lisarda. — Voici votre époux.

belise, à part. — Grands dieux! que vois-je? Mais c'est Pedro...

felisardo. — Bien que je n'aie été guidé que par mes désirs, je dois dire que mon amour a été heureux dans sa poursuite.

lisarda. — Soyez le bienvenu mille fois. C'est moi, seigneur, qu'il faut regarder comme heureuse d'avoir su vous mériter.

tiberio. — Donnez des sièges aux nouveaux époux. belise, à part, à Tiberio. — Tiberio... tiberio. — Plaît-il?

belise. — Est-il vrai qu'ils soient mariés?

tiberio. — Mariés, non; ne prends pas la mouche : mais il y a, je pense, accord.

belise. — Comment? cet homme n'est pas Pedro?

tiberio. — Quel Pedro?

belise. — Pedro, notre esclave.

tiberio. — Est-ce que tu es folle?

belise. — Non, mais c'est toi. Tu souffrirais que Pedro se mariât avec ma mère?

tiberio. — Regarde bien. La personne que voici est un gentilhomme nommé Felisardo.

belise. — Je veux bien le regarder à loisir... Mais c'est lui-même... A quoi bon?

tiberio. — Regarde encore, te dis-je. Pedro, l'esclave, a une marque au visage.

belise. — Tu as raison... Je me trompais... Mais il se pourrait bien qu'il s'en fût débarrassé.

tiberio. — Comment? d'une marque imprimée dans la chair? Tu déraisonnes, vraiment, et l'on va te prendre pour folle.

(Entrent Flora et Carrillo.)

flora. — Je veux que Dieu me bénisse, comme il est vrai que le futur est beau garçon.

LES CAPRICES DE BELISE

carrillo. — Je n'ai vu de ma vie un visage qui ressemble à ce point, et trait pour trait, à celui de notre esclave.

BELisE. — Flora...

flora. Madame...

BELisE, à part. — C'est mettre ma patience à une épreuve trop forte. Je n'y tiens plus. — [A part, à Flora.) Dis, n'est-ce pas, Pedro?

flora. — Il lui ressemble terriblement, madame.

BELisE. — Va, Flora, et fais-moi venir Pedro sur-lechamp.

flora. — Tu verras que nous avons ici un Pedro postiche. Je crois ta mère éperdue de la bonne grâce et des qualités de cet esclave, et qu'il y a là-dessous quelque duperie.

belise, à Felisardo. — Misérable, si tu es aimé de ma mère, et si son honneur perdu ne recule pas devant un pareil projet, ne pense pas que je tolère cet affront fait à mon sang. Tu mourras de ma main. — Laissez-moi passer.

felisardo. — A qui en a madame?

lisarda. — C'est ma fille; elle est folle, mais pas encore assez pour la faire enfermer. Holà t qu'on l'emmène.

belise. — Mère, je ne suis pas folle; c'est vous qui Tètes en prétendant vous marier avec un maraud.

felisardo. — Que c'est triste!

belise. — On ne saurait, vraiment, se moquer d'une fille à ce point.

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