‹ Œuvres dramatiquesChapitre 48 sur 290 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

Entre CELIA en riche toilette. Elle porte une mante; UN ÉCUYER la suit.

celia. — Je crois que j'arrive à point. tiberio. — Cette dame est la marraine.

felisardo. — Je vous ai réservé ce siège, bien que vos divines qualités vous aient mérite celui de mon âme. lisarda. — Veuillez, madame, vous asseoir.

belise. — Ne serait-ce point Zara, notre esclave? — Comment! drôlesse...

tiberio. — Attachez-moi cette folle.

celia. — Quelle est cette dame si méchante?

lisarda. — N'y prenez pas garde, je vous prie; c'est le pur effet de fâcheuses vapeurs.

belise. — Gomment? ce n'est pas là Zara? Que croire, alors? Mais, Zara, puisque tu es l'épouse de Pedro, comment peux-tu consentir qu'il se marie avec ma mère?

celia, à Lisarda. — Ces malheureuses vapeurs lui ont tourné l'esprit?...

belise. — Et je souffrirais cet affront. Ah t je ne serais pas femme si je ne tirais d'eux vengeance. — Que signifie tout cela, canaille?...

lisarda. — Mes gens, pour me délivrer de cette folle.

belise. — Ma mère, mariée à un Pedro t.. .

(Entrent don Juan, Prudencio, Eliso, accompagnés d'alguazils.)

don juan, à part. - - C'est ici la maison de la noce; entrez, en vous tenant embossés.

felisardo, à part, à Celia. — Voile-toi, Celia. Aht mon Dieu ! ton père qui vient te réclamer.

eliso. — Où donc est Felisardo?

felisardo. — C'est Eliso. Qu'est-ce que j'attends?

un alguazil. — Qui est-ce qui répond ici au nom de Felisardo?

felisardo. — C'est moi. Qu'y a-t-il pour votre service? v l' alguazil, à Eliso. — Est-ce bien lui? eliso. — C'est lui-même.

felisardo. — C'est toi , Eliso , qui nous amènes la justice?

eliso. — Comme juste châtiment de la déloyauté d'un ami.

Felisardo. — Moi, déloyal?

eliso. — Comme si ce n'était pas évident t Je prétendais à la main de Belise, et c'est elle que tu épouses. Te voilà même en habits de noces.

FELISARDO. — Moi ?

eliso. — Et qui donc, sinon toi-même? Faut-il d'autres

LES CAPRICES DE BELISE

preuves? Les voici : je t'avais laissé sous le nom d'esclave, marqué et vendu, pour sauver ta liberté menacée par un délit, et je te retrouve en costume de marié, riche, élégant, magnifique...

felisardo. — - Si tu trouves que cela est vrai, je veux te fournir moi-même Fépée qui servira à me tuer.

belise. — Pourquoi nierais-tu, Felisardo, ce qui n'est que le couronnement du passé ? Tu es déjà marié avec moi. Aujourd'hui, avec moi tu t'es marié1.

felisardo. — Avec vous, marié?

belise. — Sans doute. Flora et Carrillo en ont été témoins.

eliso. — Gomment, traître, peux-tu nier ce dont déposent deux témoins?

lisarda. — Ils mentent, à la vérité. C'est une invention de Belise, par jalousie de ce que Felisardo est mon époux. — Je te l'accorde, Eliso. Qu'elle demeure ta femme. C'est à moi que Felisardo appartient.

celia, se découvrant. — Doucement, mesdames, car je le prétends pour mari. C'est moi qui suis sa vraie femme, et il ne me démentira pas.

felisardo. — Non, certes.

prudencio. — C'est Celia!

bon juan. — C'est elle-même.

prudencio. — Alors, don Juan, avec votre permission, je retire la parole que je vous avais donnée.

don juan. — Mon. chagrin se console en voyant la déconvenue de ma mère et de ma sœur, et j'ajoute, puisque Eliso est gentilhomme, queje le supplie d'accepter la main de ma sœur.

belise. — Rien de plus juste. Je demande pardon à Eliso de mes dédains, à Celia des mauvais traitements qu elle a subis. Quant à Felisardo, puisqu'il voit aujourd'hui couronner ses désirs, il aura bientôt tout oublié. S'il devait être mis en prison, je prétends mettre ma fortune à son service et au vôtre.

h . Belise fait allusion à la scène où elle lui a passé au doigt un diamant.

l'alguazil. — Messieurs, le cavalier blessé est maintenant rétabli. Il ne reste qu'à réconcilier les deux adversaires.

felisardo. — Allez, Tiberio, et faites en sorte qu'il veuille bien me servir de parrain.

tiberio. — Il viendra, j'en réponds, et c'est moi qui en servirai à Flora et au bon Carrillo.

lisarda. — Moi, si j'ai manqué mon mariage, j'ai contribué à la conclusion du leur. N'en parlons plus.

belise. — Pas plus que de mes caprices. Sénat illustre, accordez-moi votre pardon.

FIN DE LA TROISIÈME ET DERNIÈRE JOURNÉE

Page 1