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MUSICIENS

LAQUAIS

La scène est à Madrid.

PREMIÈRE JOURNÉE

Une rue.

LISARDO, RÏSELO.

LiSARDO. — D'ici vous pourrez la voir.

RisELO. — L'église était splendide.

LiSARDO. — Ici, la fête de la Croix de Mai est toujours célébrée avec soin.

riselo. — C'est à Séville qu'il faudrait voir cette fête!

LiSARDO. — Je le sais; à Séville, c'est la fête par excellence... Mais, elle sort. Il me semble voir l'aurore, et je compare à Ja prison de la nuit le cloître de ce couvent ',

1. Les deux amis, selon l'usage espagnol, attendent à la sortie de l'église Belise, qui est accompagnée de sa tante et se promène avec elle à l'ombre du cloître qui est attenant.

L'EAU FERRÉE DE MADRID

avec ses colonnes et ses verrous. Chantez, oiseaux qui voltigez autour de ces grilles; rues de Madrid, changezvous en prairies, en tapis de soie; et vous, chevaux de ces carrosses, saluez l'aube de vos hennissements, l'aube qui naît en semant sur ses pas les perles.

riselo. — On ne peut mieux peindre le matin.

lisardo. — Tout amant est un peu poete.

riselo. — Mais songez donc qu'il est midi, car le sermon n'a fini qu'à onze heures et demie, et si vous faites une aurore de votre dame à l'heure de midi, c'est pour le coup que nous sommes à la fête. Elle est l'aurore, je l'admets; mais vous m'accorderez que c'est une aurore sans fraîcheur. Il est midi, et nous sommes le 3 de mai : il y a là de quoi sécher toutes les herbes.

lisardo. — Silence, pour Dieu, car la voici...

(Entrent Belise et Teodora, voilées de leurs mantilles.)

Teodora. — De la gravité, Belise, et de la modestie : de la gravité dans ta démarche et dans ton maintien: de la modestie , en ne regardant que La terre que foulent tes pas.

belise. — Je fais ce que vous m'enseignez.

teodora. — Pourquoi donc as-tu regardé ce cavalier?

belise. — Ne m'avez-vous pas recommandé de ne regarder que la terre? Eh bien! dites-moi, ce cavalier n'est-il pas fait de terre?

teodora. — Je parle de celle sur laquelle tu marches.

belise. — Celle où je marche est couverte par ma robe et par mes mules.

teodora. — Voilà bien des raisons de jeune tille ! Par le paradis de ta mère, je te ferai renoncer à ces roueries... Encore un regard?...

belise. — Moi ?

teodora. — Oui; ne lui as-tu pas fait signe ?

belise. — J'allais choir, tant je suis troublée de vos questions, de mes réponses..., et je cherchais quelque part un appui.

riselo. — Elle est tombée... Aile/ la soutenir.

L] sardo, offrant la main à Belise. — Daigne Votre Grâce excuser le gant 1 .

teodoba. — Vit-on jamais pareille chose?

belise. — Je vous baise les mains, monsieur. Sans vous, je serais tombée tout à fait.

lisardo. — C'eût été la chute d'un ange, madame, la chute de la plus brillante étoile qui reçoive sa lumière du soleil.

teodora. — Et moi, j'aurais mérité une leçon... Seigneur cavalier, allez avec Dieu.

lisardo. — Dieu vous garde... [à part) et me préserve d'un naturel si revêche.

teodora, à Belise. — Tu es donc tombée, et te voilà bien contente qu'un homme t'ait donné la main.

belise. — Et vous, d'avoir à me chanter pouille pendant toute une semaine.

teodora. — Pourquoi tournes-tu la tète?

belise. — Eh bien! n'est-il pas sage autant que naturel de regarder l'endroit où l'on est tombé, pour éviter, à l'occasion, d'y faire une autre chute?

teodora. — Que la fièvre te serre ! et comme je suis dupe de tes ruses ! — Encore ! . ... Diras-tu, cette fois, que tu n'as pas regardé ce muguet?

belise. — Je le confesse.

teodora. — Quoi! sans rougir ?

belise. — Il m'a donné la main tout à l'heure, et vous ne voulez pas que je le remercie?

teodora. — Allons... heureusement que la maison n'est pas loin.

belise. — Dieux! quel déluge de paroles qui m'attend!

(Elles sortent.)

riselo. — Les voilà qui ont tourné la rue. lisardo. — Ah! hélas!

riselo. — Quelle est cette espèce de harpie qui l'accompagne?

'I. L'étiquette voulait qu'en offrant la main a une dame on o'àt son gant, comme on l'ôte, pur exemple, en allant à l'offrande. Lisardo n'a pas eu le temps d'ôter le sien, et s'en excuse.

L'EAU FERRÉE DE MADRID

lisardo. — Une tante qui pourrait être l'aïeule de l'Envie, «espèce de milieu entre la nonne et la duègne •' aigle, de la ceinture en haut; de la ceinture en bas, vipère. Par elle sont déjoués tous mes plans; elle ne me permet ni de la voir, ni de lui parler. Lui écrire, est impossible. Elle veille avec plus de vigilance qu'Argus lui-même aux cent yeux.

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