‹ Œuvres dramatiquesChapitre 63 sur 290 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Entrent TEODORA el BELISE dans l'attitude d'une personne qui vient de se lever.

belise, à Teodora. — Je me sens un peu mieux. teodora. — Voici le docteur.

BELisE. — Seigneur...

belïran. — Jésus! ma fille, comme vous me semble/, bien aujourd'hui! On ne peut mieux.. Quelle taille, quel teint! Voyons le pouls. — Excellent! Où êtes-vous allée aujourd'hui?

belise. — Je suis allée jusqu'à la.' Casa del Campo: je m'y suis couchée sur les fleurs, et j'ai dormi une heure. Il me semblait que je rêvais au murmure d'une claire fontaine. Pareil à un ange pour la beauté, l'esprit et la tournure, un être me parlait; il me disait mille choses, me jurait un amour éternel, et en vérité, seigneur docteur, ses discours m'allaient jusqu'au fond de l'âme. Il voulut aussi m'embrasser, mais je m'éveillai.

beltran. — C'est là un sirop des plus doux et des plus agréables, qui rafraîchit le sang.

belise. — Depuis que je prends du fer et que je me promène, je ne sens plus la douleur de ne pas jouir de ce que je désire; ma mélancolie a en grande partie disparu; d'ailleurs madame ma tante s'est considérablement radoucie : Sa Grâce ne gronde plus.

teodora. — Moi? Je t'aurais grondée?

belise. — Il n'y a pas bien longtemps, votre humeur n'était pas aussi douce.

teodora. — Par la même raison, ma nièce, que la promenade a dissipé vos vapeurs, le grand air m'en a donné : c'est une vraie contagion; et dans cet état, j'en donne ma parole, je n'ai envie de gronder, ni de chercher querelle à personne.

beltran, à Belise. — Lui avoir communiqué votre mal? Vraiment, ce serait bon.

belise. — Dieu veuille que le mal de Voire Grâce se

dissipe, madame ma tante; vous saurez du moins ce qu'il on est de ces maudites vapeurs.

beltran. — Je saurai la guérir, et sans beaucoup de peine. Y a-t-il là un laquais?

s alucio. — Me voici.

beltran. — Cours chez l'herboriste et demande une poignée de lavande.

salucio. — J'y vole.

(Il sort.)

teodora. — Peut-on savoir ce que vous voulez faire?

beltran. — La suite le dira. — {A Otavio.) Votre Grâce voudra bien nous laisser un moment; mais elle pourra rentrer de suite.

otavio. — Jésus! monsieur. Je m'esquive.

(Il sort.)

BELTRAN. — il 6St parti? TEODORA. — Oui.

beltran, à part à Teodora. — Savez-vous qui je suis?

teodora. — Je t'ai reconnu depuis hier. Oui, Beltran, je sais qui tu es, je sais toute l'histoire de cette ruse, je sais que tu es l'instrument de l'amour de ce damoiseau. Et puisque le ciel a voulu punir" ma gravité, châtier ma sévérité en me faisant aimer Riseîo, sers-moi auprès de lui. Dis-lui de ne pas oublier que je suis de naissance noble, et que je fais serment de lui être fidèle. Et, bien que tu ne sois pas prévenu en ma faveur autant que lui, vante-lui les mérites de ma personne.

beltran.. — Il sera fait comme vous le voulez, Teodora. Au diable l'hypocrisie et ces bruns habits de béate! Vous êtes trop jeune pour ne pas entendre parler votre cœurJ. Employez-vous à ce que ces deux tourtereaux fassent leur nid dans cette maison. Si votre frère les marie, le bonheur de votre vie est assuré. Vous serez servie d'un époux comme Riselo, ce cavalier si grave, si doux, si poli, si charmant.

teodora. — Dieu sait à quel point je l'aime!

1. La leçon est moins dogmatique que clans la comédie de Molière : c,ït-elle moins forte V

il. 9

L'EAU FERRÉE DE MADRID

belise. — Tante, qui saviez si bien me gronder, à mon 'tour de gronder maintenant. Ne voyez-vous pas. madame, que j'ai un cœur, moi aussi, et que j'ai quelque chose à dire à Beltran ?

teodora. — Tu as raison ; mon indisposition est nouvelle, et je dois songer à la soigner,

belise. — Beltran, tu diras à Lisardo..,

teodora. — Silence, voici son père.

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