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SCÈNE IV les mêmes, PRUDENCIO, OTAVIO

prudencio. — Elle a, dis-tu, la même maladie ? Voilà une nouvelle source de soucis.

otavio. — C'est ce qu'affirme le docteur.

beltran. — Voyons le pouls.

belise. — Ce mal a des effets bien extraordinaires.

prudencio. — Vrai Dieu, seigneur docteur, je crois qu'il me gagne aussi.

beltran. — Ce ne sera rien; il n'y a pas de quoi s'inquiéter. Qu'on lui administre ce que j'ai ordonné, et adieu : je suis attendu à une consultation.

prudencio, à Teodora. — Quand Relise commence a guérir de son mal, c'est toi qui l'attrapes ?

teodora. — Mon frèrej l'identité du sang n a-t-elle pas ses affinités? Quoi d'étonnant que j'aie gagné quelque chose à nie promener avec elle?

(Entre Leonor.)

leonor. -— Les musiciens sont arriver.

teodora. — Faut-il qu'ils entrent ?

prudencio. — Ils ne pouvaient venir plus à propos.

(Entrent les musiciens.)

un musicien. — Aujourd'hui le docteur nous a ordonne de venir amuser un peu madame.

prudencio. — Teodora en a bien plus besoin. le musicien. — Comment cela ?

prudencio. — Elle a gagné son mal. [A part.) Je suis

urieux, et à bon droit contre ma sœur. D'aujourd'hui j'ai des soupçons : il y a quelque chose là-dessous.

le musicien. — Écoutez ce morceau : «Jeune fille au « teint pâli, toi qui, au poindre de l'aube, quand elle dore « les vertes prairies, émailles le Prado de Madrid avec les « jasmins de tes pieds, toi qui vis sans couleurs, mais non « sans soucis, tu souffres du mal d'amour. Sortir de si « grand matin avec de telles pensées! Je m'en étonne. Ah ! « puisque au mois de mai tu te promènes dans la cam- « pagne, je le vois, tu es atteinte du mal d'amour. »

prudencio, à dart. — Oh ! que de leçons, que d'avis ne peut-on pas recueillir des vers, de ces chants harmonieux, inventés pour renseignement de l'humanité ! Ce n'est pas en vain qu'avant Rome, avant l'Italie, la Grèce imagina la comédie. Véritable miroir de la vie, la comédie nous offre en foule des exemples et des leçons. Il se pourrait que l'indisposition de cette enfant qui m'appartient vint de certains désirs non satisfaits, car nous ne sommes pas dans un temps où un père qui a le souci de son honneur et de sa dignité n'ait pas à veiller sur sa fille. Dans ma jeunesse, une femme de trente ans s'appelait encore une jeune fille, et elle jouait au milieu des garçons avec les cheveux sur les épaules. Maintenant, et c'est la conséquence des péchés des hommes et un signe certain de la fin du monde, une fille de dix ans veut se marier; à treize ans elle est mère, et grand'mère à vingt et un ans. Oui, sur l'avis de ces musiciens, je veux marier ma fille ; c'est le meilleur moyen de remédier à ses vapeurs, et pour peu qu'Otavio l'aime, il sera arrivé à propos \

otavio. — Qu'est-ce que vous murmurez là entre les dents?

prudencio, à part, à Otavio. — Je disais, mon cher Otavio, que parfois les poètes nous donnent sur la vie les meilleurs conseils : ainsi, tout à l'heure, au charme de cette musique se mêlaient certains aphorismes et sentences qui m'ont suggéré la pensée de marier nia fille.

\ . C'est ici le ton de la comédie de Térence.

L'EAU FERRÉE DE MADRID

otavio. — Plût à Dieu que vous eussiez en effet cette pensée ! Une dispense ne coûterait pas cher.

prudencio. — Parles-tu sérieusement?

ota vio. — Si sérieusement que, du premier jour où je l'ai vue...

prudencio. — Il suffit : pas un mot" de plus; Belise est à toi. Je te sers de père, et puis te marier 'par conséquent.

oïavio. — Votre frère ne l'est pas autant à mes yeux.

prudencio. — Vois le moment où nous pourrons parler de cela plus à loisir; nous sommes gênés par la présence de ces musiciens et par celle de Belise : je ne voudrais pas qu'elle nous entendît.

otavio. — Nous pourrons conférer ensemble cette après-midi.

prudencio. — Nous irons nous promener du côté d'Atocha. Laisse-nous pour le moment. Je veux que Teodora sache les intentions de ma fille.

otavio. — Je vais emmener les musiciens. — Messieurs, je voudrais vous entendre un moment dans mon appartement.

un musicien. — Nous sommes à vos ordres. [A Belise. Adieu, madame.

belise. — Le ciel vous garde !

otavio. — Adieu, Teodora.

(Sortent Otavio, les musiciens et Leonor.)

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