SCÈNE III
Une rue.
LISARDO, RISELO.
riselo. — Plus je pense, Lisardo, que je suis libre désormais, plus je m'étudie à écarter la pensée de Marcelle, plus je me sens son esclave; une force invincible me conduit à sa porte ; mon cœur ne sait pas résister. Si j'avais affaire à une femme moins fine et moins habile, je pourrais espérer une existence- tranquille ; niais c'est une
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illusion : car, à peine lui ai-je donné quelque sujet de fâcherie, qu'elle me jette à la tète ce Florencio, et vous avez vu de quelle façon. — Gomment la reverrai-je ? Car, à vous dire la vérité, j'en meurs d'envie.
lisardo. — Calmez-vous; avec moi, je l'espère, son dédain sera moins farouche. Confiez-moi cette négociation : comme vous m'aidez de votre esprit dans mes affaires, ainsi je dois vous aider dans les vôtres.
riselo. — Effet de l'amour.
lisardo. — Je vais frapper,
riselo. — Faites; il n'est pas un coup donné à cette porte qui ne retentisse dans mon cœur. [Lisardo frappe. Je crois qu'elle descend?
lisardo. — Oui; j'entends des patins.
riselo. — Mon âme me le disait.
Marcelle. — Jésus ! Qui frappe? Qui est là?
(La porte s'ouvre. Riselo demeure à l'écart.)
lisardo. — C'est moi, Marcelle.
Marcelle. — Toi, Lisardo ? et qu'est devenu ce beau galant?
lisardo. — Il est là, et tu le demandes?
Marcelle. — Ah! oui ! je ne l'avais pas vu. — Vous ici? Je ne m'y attendais guère.
lisardo. — Ces jours derniers...
Marcelle, à part. — J'ai peine à m' empêcher de rire, en voyant un amant déceler l'ardeur de sa flamme par une semblable invention. [Haut.) Voyons que s'est-il passé ci jours derniers?
lisardo. — Un prétendant présomptueux à qui vous avez permis de vous parler d'amour, a montré dans la conversation un billet de Riselo. C'était une façon de rire qui pourrait, je le crains, amener un malheur véritable. Vous nous obligerez tous deux de me remettre ce billet avec les autres, et de ne pas parler de tout cela. Il ne convient pas de faire voyager ainsi les billets d'un Inmune comme Riselo, que vous avez préféré ouvertement, et qui a reçu de vous tant de faveurs. En amour, il n*est personne dont la discrétion puisse être comparée à la sienne.
Marcelle. — Ad'autres cette ruse, ami Lisardo! Moi
garder des billets de l'homme .dont j'ai oublié jusqu'à -là mémoire! Histoire ancienne que tout cela ! et puisque le roman est achevé, à quoi bon vouloir le recommencer?
riselo, à part. — Celte femme aura nia vie. Je suffoque de colère. Elle a lu dans mon jeu. Ciel! qu'il y a peu de ressources dans un cœur vaincu !
lisardo. — Vous ne l'ignorez pas, llisclo vous a aimée et vous aime encore. Je ne vous demande pas de le payer de retour, mais seulement de ne pas Drôfaner ses souvenirs. Plaignez-vous ensuite si vos railleries ont des conséquences sérieuses; car, je vous le jure, si vous le poussez à bout, vous aurez sujet de vous en repenti]'.
Marcelle. — C'est là une petite manœuvre que vous venez d'arranger tous les deux. Quel mal peut-il me faire, je vous prie? Le pauvre malheureux est là tout tremblant.
riselo. — Ah! lu dis vrai et lu prouves bien que tu ne saurais redevenir l'objet de ma flamme, puisque je tremble devant toi; si tu consentais à nie réchauffer, il est certain que je ne serais pas ainsi tremblant.
Marcelle. — Ce n'est pas ainsi qu'il faut l'entendre, Riselo. Tu trembles par la froideur que tu sens que j'éprouve pour toi. Cette froideur est telle qu'il faut bien que lu en ressentes les effets. Mais, que viens-tu faire ici, puisque je ne suis plus l'objet de la flamme ? Voyons, conte-moi ton cas. Aurais-tu été déçu par l'objet de tes rêves? Ne disais-tu pas que Teodora avait des secrets capables de consoler les plus délicats? Qu' est-il arrivé? dis-le moi, je t'en prie. Manquerait-elle d'esprit ? Qu'as-tu surpris? Pécherait-elle par la propreté? Que lui as-tu demandé? Ës-tu déjà las d'être aimé? Parle-moi des petits défauts de sa personne. Est-elle maigre ou mal faite? Est-elle froide? Conte-moi donc tout cela : je puis maintenant te servir de confidente.
lisardo, à part. — La mauvaise créature] Dieu nous préserve de la triste situation où se trouve maintenant, le pauvre Riselo.
margelle. — Tu te tais?
riselo, à part. — Comment le ciel a-t-il permis qu'un rusé libertin, un séducteur effronté qui faisait profession
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de tromper toutes les femmes, se voiç aujourd'hui pieds et poings liés aux mains de cette traîtresse? [Haut.) Suis-je bien moi-même? Non, ce n'est pas possible. Quelqu'un m'aura changé. — Ah ! Marcelle, aujourd'hui tu as servi la vengeance de mille femmes.
MARCELLE. — Moi?
RISELO. — Toi.
MARCELLE. — Moi?
riselo. — Oui, toi-même.
Marcelle. — Alors tu serais aimé de mille femmes. On t'aura trompé, mon cher. Pauvre niais présomptueux, tu espères m'en faire accroire? Tu n'ès pas sûr d'être aimé de moi, et tu le serais de mille?
lisardo. — On souffre plus de ton dédain que de celui de mille. Tu es vengée maintenant; cela doit te suffire. Pour éviter de te déplaire, il a cessé de parler à Teodora. Marcelle, cet homme t'adore; tu es la lumière de ses yeux. Allons, qu'on se réconcilie, avec promesse solennelle de...
Marcelle. — Non, s'il ne me fait d'abord le serment d'être toujours sincère.
riselo. — Quand donc ne l'ai-je pas été? Quand ai-je cessé d'être ton esclave?
Marcelle. — Mets-toi là à genoux, et dis comme ceci...
riselo, à genoux. — Quoi?
MARCELLE. — Je SUÍS à toi.
riselo. — Je suis à toi.
lisardo, à Marcelle. — Prends garde; cela à l'air d'une conjuration.
Marcelle. — Je veux prendre mes précautions.
lisardo. — Considère, Marcelle, le pouvoir de tes charmes.
Marcelle. — C'est bien ; maintenant, qu'on me baise la main.
riselo, toujours à genoux. — Tu es trop gentille: voudrais-tu jouer à la buzcorona?
lisardo. — Que l'on s'embrasse, et qu'il soit fait une paix pour cent et un an, comme la paix de Valence.
(Ils s'embrassent.)
riselo. — Ah! belle entêtée, à quelles épreuves vous avez mis ma patience !