‹ Œuvres dramatiquesChapitre 8 sur 290 · L'ALGUAZIL, LE GREFFIER, FABIO, ELISO · texte numérisé non relu

L'ALGUAZIL, LE GREFFIER, FABIO, ELISO

l'alguazil. — Votre Grâce se devait à elle-même de montrer plus de courtoisie.

eliso, — Je n'ai pas été informé. Croyez-le, je connais mes devoirs; mais j'étais absorbé par des comptes fort embrouillés; et, après tout, je ne suis pas le portier de ma maison.

l'alguazil. — Dans une maison si respectable, faire attendre deux heures à la porte et quand votre valet

1. Suit un monologue d'Eliso en un sonnet burlesque où Lope s'amuse à médire de l'amour et de ses effets. En voici un échantillon : « Heureux, amour, qui s'en tient à ta grammaire, sans en venir :i ta logique et à ta rhétorique; car celui qui en sait le plus de ta théorie est celui qui moins le montre dans la pratique. »

Dichoso el que se queda en tu gramática Y no llega á tu lógiea y retórica, Pues el que sabe mas de tu teórica, Menos lo muestra en su experiencia pratlca.

LES CAPRICES DE BELISE

consent à descendre, c'est en bâillant et pour se fâcher!...

eliso. — L'animal s'éveille à peine; il ne sort jamais plus tôt du lit : mais assurément sa paresse ne devait pas lui faire oublier la courtoisie qui vous est due. — Qu'y a-t-il pour votre service?

l'alguazil. — Fort bien : vous allez me dire que ceci est encore du style de Madrid. — Vous avez donc oublié qu'un arrêt de saisie a été rendu contre vous à la requête de Lisarda?

eliso. — Pas du tout : vous avez cent fois raison. Elle n'a donc voulu consentir à aucun arrangement ?

l'alguazil. — Votre opposition a été de nul effet , et le> voies de droit ayant été épuisées, il ne vous reste aucun délai. Je viens prendre sur vous des gages.

eliso. — Je n'ai rien à répondre : Lisarda est dans son droit.

le greffier. — Nous demandons pour cela votre licence.

eliso. — Entrez : Fabio vous remettra mon argenterie, mes tapisseries; et, si cela ne suffisait pas, ce qui est possible, il vous sera remis d'autres gages.

le greffier. — Très-bien ; allons.

(Sortent l'alguazil, le greffier et Fabio.)

eliso. — Je m'étais trompé. C'est moi que l'on cherche, moi que l'on poursuit, quand je croyais que c'était Feiisardo. Gela vaut mieux, après tout, car je compte me débarrasser de ma dette avec de l'argent que je dois recevoir à la fin du mois. J'ai pris tardivemenl une résolution qu'il eut mieux valu arrêter plus tôt. Si j'avais demandé Belise en mariage, je pourrais être en ce moment, je crois, l'époux de cette précieuse. C'est son caractère qui m'a arrêté. Entrons et voyons ce que devient mon mobilier. J'aurai le temps de demander la main de Belise et de changer ma qualité de débiteur en celle de parent, de recevoir et de payer en même temps. On dit sa fortune très-considérable, mais cela n'est pas de trop quand il s'agit de devenir l'époux d'une femme à caprices si bizarres.

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