SCÈNE VI
Salon dans la maison de Lisarda.
LISARDA, BELISE, FLORA.
lisarda . — Cet homme est un vrai modèle; comment peut-il ne te plaire point ?
BELisE. — Quand tu voudras te marier, choisis quelqu'un qui lui ressemble : quant à moi, je n'en veux pas.
lisarda. — Mais pourquoi ?
BELisE. — Il nous a fait là-bas le récit d'une querelle, et il nous a montré...
lisakda. — Quoi ?
belise. — Une main postiche.
lisarda. — Qu'est-ce que cela fait?
belise. — Comment, madame, vous admettez que l'homme qui aspire à m'aimer aura du postiche? Quelque jour, il voudra faire le brave, et il sera peut-être assez mal avisé pour que, en racontant les coups qu'il a donnés avecl'épée au poing, on voie tomber le poignet de sa chemise.
lisarda. — Il V a longtemps, Belise, que je suis fatiguée de tes préciosités; je ne sais de qui tu peux tenir, car pour moi, je ne fus"jamais précieuse.
belise. — De ce que j'aime à y voir de près, tu me qualifies de précieuse?
lisarda. — Oui, dis-moi si ce n'est pas un pur caprice d'avoir dédaigné ce cavalier toléclan ?
belise. — Tu vas être satisfaite.
lisarda. — Voyons.
belise. — Il avait de grands yeux et le regard quelque peu égaré. S'il regarde ainsi élant amoureux, que fera-t-il quand il sera en colère! Félicitons-nous de l'avoir congédié : il me semblait voir en lui cette figure de Pierre le Cruel qui est à Saint-Dominique l.
\. On voit encore cette statue dans le couvent des religieuses de Santo-Domingo el Real. Elle fut élevée à don Pèdre par Tordre de sa petite-fille, doña Constance de Castille, prieure de ce couvent. Le roi est à genoux, les mains jointes, armé de toutes pièces, et couvert du manteau royal.
LES CAPRICES DE BELISE
lisarda. — Et celui queje t'ai présenté avant-hier:' BELiSE. — Ah ! bon Jésus !
lisarda. — Voyons, calme-toi.
BELiSE. — Il avait des moustaches qui lui descendaient sur la bouche; cela lui donnait l'air d'un épagneul ou d'un sauvage; il semblait manger son potage à travers un treillis. S'il boit du lait, il lui sera facile de le passer.
lisarda. — Mais que te faut-il donc?
flora. — Un mari à la saumure.