Yoy. ci-dessus, p
L'EAU FERRÉE DE MADRID
n'avoir jamais vu Lisardo! n'avoir jamais accepté la cure de Beltran! n'avoir jamais pris d'eau ferrée! n'avoir jamais foulé les sentiers du Manzanares!
(Elle pleure.)
teodora. — Que sert de pleurer, maintenant?
belise. — Oh! maudits mille fois les billets doux, les amours, les tendresses! Oh! les traîtres flatteurs! les amis faux et cruels! — Que vais-je devenir maintenant?
(Beltran paraît à la fenêtre de l'étage supérieur donnani; sur la cour.)
beltran. — Pst ! Belise ; pst! Teodora. belise. — Qui nous appelle?
beltran. — C'est moi, madame.
TEODORA. — Qui?
beltran. — Beltran.
belise. — Beltran ici!
beltran. — Oui, pour mon malheur.
teodoka. — Toi, dans notre maison, Beltran!
beltran. — C'est toujours la récompense qui attend les gens de ma façon. J'étais un honnête entremetteur; mais la mèche a été éventée, et n'ayant pu réussir à être le coq, me voilà dans le poulailler.
belise. — Gomment se fait-il que tu sois là-haut?
beltran. — Ils m'ont trouvé sous la porche avec Leonor.
belise. — Vit-on jamais disgrâce pareille?
beltran. — Sans contredit. Ils m'ont reconnu pour le docteur, qui te donnait des soins. J ai nié; j'ai imaginé un conte bon dans une comédie, où, pendan I deux heures et demie, on en croit toutes les fantaisies de l'auteur; mais je ne fus pas cru, moi, on me lia les mains, et un me grimpa dans cette chambre pour m'y supplicier. Plaignez mon triste sort, je vous prie.
belise. — Nous sommes perdues, Teodora, tout est découvert.
teodora. — Grand ciel! — Pas un mot de Riselo, Bel- Iran.
beltran. — Eh! madame, le moyen de me taire! teodora. — Oui, je le vois, je mus perdue.
(Entre Leonor.)
leonor, à Belise. — Ah! madame, que faut-il faire:'
Prenez vile votre parti. Votre père furieux est occupé avec Otavio à allumer une torche pour donner la question à Beltran.
beltran. — Qu'un homme meure supplicié pour avoir usurpé l'habit de docteur! Encore si c'était l'habit d'astrologue, je le concevrais; mais non pas pour avoir entrepris une cure d'amour. — Ayez pitié de moi, Belise.
belise. — Comment le délivrer?
leonor. — Pas moyen de songer à la porte.
beltran. — Où donc veux-tu queje m'envole? — N'avezvous jamais lu l'histoire de Fernán Gonzalez?
belise. — Si.
beltran. — Et de l'infante qui jadis s'est acquis une éternelle mémoire?
belise. — Je sais qu'elle délivra le comte, en le cachant sous l'habit d'une femme, mais je doute de pouvoir l'imiter.
leonor. — J'ai trouvé une *clef qui ouvre la porte de cette chambre.
belise. — Bon ; restez là toutes les deux; je le tirerai d'ici, quand je devrais emprunter les ailes du vent.
(Belise sort et Beltran se retire de la fenêtre.)
teodora. — Où est-elle allée, cette folle?
leonor. — Là où la pousse l'amour.
teodora. — Tu devrais dire son honneur, lequel est plus cher que la vie.
leonor. — Parlez pour vous, car on va savoir votre histoire avec Riselo.