‹ Œuvres dramatiquesChapitre 89 sur 290 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

Entrent PRUDENCIO, OTAVIO , FLORENCIO, GERARDO, SALUCIO et d'autres valets armés.

Florencio. — Voici la maison.

Gerardo. — C'est là qu'ils se trouvent.

Florencio. — Frappe à celte porte, Gerardo.

gehardo. — Pas besoin de frapper, car ils sont, je crois, sous la porte, el sur la défensive.

prudencio. — Qui va là?

lisardo. — Qui êtes-vous vous-même?

prudencio. — Un gentilhomme outragé.

lisardo. — Êtes-vous Prudencio?

prudencio. — Prudencio sans prudence. — Et vous, seriez-vous Lisardo, par hasard?

lisardo. — Oui, monsieur. — Qui cherchez-vous?

prudencio. — C'est toi que je cherche, traître.

lisardo. — Traître! moi?... Si ce n'était la considération de votre âge...

prudencio. — Un homme de sang noble ne couvre pas d'infamie des hommes de mon sang et de mon âge.

lisardo. — En quoi vous ai-je jamais offensé?

prudencio. — Est-ce donc peu de chose d'avoir profité de l'ignorance de ma fille pour la tromper ? Et, avec ce prétexte de l'eau ferrée à prendre au mois de mai, d'avoir porté mon honneur par terre, comme un voleur de grand chemin? N'est-ce rien que ce prétendu docteur, que nous retenions prisonnier après avoir découvert sa fourberie, ait réussi à me l'enlever? Donc, écoute : je suis chevalier et honoré. Je n'irai pas me plaindre à la justice. La justice est au bout de mes mains. Moi, je suis ton homme; Otavio sera celui de Riseio. Florencio et Gerardo feront la partie de ceux qui sont avec toi. Si tu as d'autre monde, voici mes valets. D'ailleurs, seul je suffis contre tous.

lisardo. — Si c'est un affront d'avoir adressé mes hommages à Belise, parce que je suis pauvre, alors queje suis votre égal pour le reste, je vous ferai satisfaction en lui don-

L'EAU FERRÉE DE MADRID

narit ma main. Mais, vive Dieu! je déclare que j'ignore comment l'homme dont vous parlez a fait pour l'enlever.

otavio. — Puisque vous êtes innocent, monsieur, du délit qu'on vous impute, permettez-nous de faire l'inspection de la maison; après, vous serez libre.

lis ardo. — Je ne puis m'y refuser.

Florencio, à Otavio. — Seigneur, commençons par examiner ces deux personnages si bien embossés.

riselo. - Je suis Riselo, et je voudrais, Florencio, vous rencontrer dans un autre lieu pour vous demander s'il est bien honorable de...

Florencio. — De mon côté, j'attendais l'occasion de vous prier d'expliquer si Marcelle vous appartient.

Marcelle. — Pourquoi, messieurs, cette dispute? C'est à moi de parler. De toutes les explications, ce sera la meilleure...

Florencio. — Parlez donc; après avoir entendu votre décision, je me trouverai payé de mon amour et de mes vœux.

Marcelle. — Venez dans mes bras, Riselo. riselo. — Êtes-vous content?

FLORENCIO. — Je le suis.

otavio, à Beltran. — Et vous, nia daine, qu'on se découvre.

beltran. — Demander cela à une femme? Et pourquoi?

otavio. — Parce que c'est une femme que nou> cherchons.

beltran. — Eh bien ! apprenez queje suis un homme.

Prudencio. — C'est le laquais médecin!

otavio. — Si je le tuais...

prudencio. — Non; il importe qu'il vive.

otavio. — Voyons, l'homme à la mante, dis vite ce que tu as fait de ma cousine, ou je te fais avaler ce fer que d'autres ont pris pour notre déshonneur.

beltran. — Tout doux, messieurs!

prudencio. — Comment, tout doux!

beltran. — Dussicz-vous me hacher en morceaux, je ne vous dirai pas où elle se trouve, foi de pauvre À.sturie) .

JOURNÉE III, SCÈNE XI. i7o

si vous ne consentez à la donner en mariage à Lisardo mon maître.

prudencio. — Cela est forcé, et j'y gagne. D'ailleurs mon neveu sait fort bien qu'une fille qui a pris du fer au mois de mai ne peut guère se marier que vers la fin de mars.

beltran. — Eh bien, Belise... la voilà. otavio. — Où donc?

belise, ci Prudencio. — C'est votre fille qui attend à vos pieds son pardon.

prudencio. — Avant que je consente à te regarder, donne la main à Lisardo. Quant à la sainte personne qui a couvert tes amours de son habit marron, elle prendra le chemin d'un couvent.

beltran. — Et Leonor?

prudencio. — Je serais d'avis de la donner à un faux médecin. Là-dessus, allons chez moi. Nous souperons ensemble, et tout sera oublié.

lisardo. — Ici, messieurs, s'achève la comédie de l'EAU FERRÉE DE MADRID, que Belardo1 a soumise à vos suffrages. Il vous baise les mains.

\. Pseudonyme de Lope. Voy. t: I, Introduction.

FIN DE LA TROISIÈME ET DERNIERE JOURNÉE

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