JARDINIER
diane. — Et cela s'aperçoit de reste, car tu ne te laisses pas même voir, n'allant qu'embossé dans ton manteau.
Théodore. — Moi, madame? Quand? Gomment?
diane. — On m'a dit qu'étant sorti cette nuit par hasard, le majordome t'a vu le manteau sur les yeux.
tristan. — Quelque plaisanterie sans doute. Nous n'eu faisons pas d'autres avec Fabio.
diane. — Lis donc, alors.
tristan. — C'est que je m'imagine, madame, qu'il y a peut-être des gens dont j'excite l'envie.
diane. — La jalousie, plus probablement. Mais lis.
tristan. — Voyons un effet de ce miraculeux génie. {Lisant). « Aimer parce que l'on voit aimer s'appelle de l'envie, mais être jaloux avant d'aimer est un effet merveilleux de l'amour auquel on n'avait pas cru jusqu'à présent.
« De la jalousie est né mon amour. Je souffre de ce qu'étant la plus belle, je n'aie pu obtenir cette tendresse que j'envie à une autre plus heureuse.
a J'ai de la défiance sans motif et de la jalousie sans amour; je souffre pourtant, et je vois bien que je dois aimer si je désire qu'on m'aime.
« Je ne cède ni ne me défends, je veux me taire et être comprise: et m'entende qui pourra; pour moi, je me comprends l. »
diane. — Eh bien?
Théodore. — Je dis que si telle est en effet la situation de l'écrivain, on ne saurait mieux dire. Mais je ne comprends pas bien, je l'avoue, comment l'amour peut naître de la jalousie, quand c'est de lui qu'ordinairement elle procède.
diane. — Cette dame, à ce que je soupçonne, voyait ce jeune homme avec plaisir, mais sans attachement: el quand elle a vu son cœur occupé ailleurs, alors la jalousie a éveillé l'amour et les désirs dans le sien. La chose le paraît-elle possible?
Théodore. — Je le crois. Mais cette jalousie, madame.