‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 100 sur 414 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

la couronne de France, tant qu'il n'eut pas la conviction que la belle reine Isabelle, sa grand'mère, descendante directe de dame Ermengare, fille de Charles, le susdit duc de Lorraine, avait, par son mariage, rattaché la lignée de Charlemagne à la couronne de France. Ainsi il est clair comme un soleil d'été que les titres du roi Pépin, les prétentions d'Hugues Capet, la tranquillité de conscience de Louis, se sont appuyés sur les droits légitimes de la femme. Et ainsi des rois de France jusqu'à aujourd'hui. Et cependant, ils opposent cette loi salique à Votre Grandeur quand elle se réclame d'une femme, aimant mieux s'envelopper dans un réseau de contradictions, que d'exposer au grand jour des titres faux usurpés sur vous et vos ancêtres I Le Roi Henry.

Puis-je, légitimement, en toute conscience faire valoir mes revendications?

Canterbury.

Que le péché en retombe sur ma tête, auguste souverain 1 Il est écrit dans le livre des Nombres : Quand le fils meurt, que Vhéritage descende à la fille. Gracieux seigneur, levezvous pour votre droit ; déployez votre sanglant étendard ; souvenez-vous de vos puissants ancêtres ! Allez, mon redoutable seigneur, au tombeau de votre grand-père dont vous êtes l'héritier, invoquez son esprit guerrier et celui de votre grand-oncle, Edouard le prince noir, lequel, sur la terre de France, joua une tragédie qui jeta la défaite parmi ses adversaires, tandis que son tout-puissant père, souriant, regardait du haut d'une colline son lionceau fourrager dans le sang de la noblesse française. 0 ! nobles Anglais qui, avec la moitié de leurs forces, pouvaient braver l'orgueil de la France, tandis que l'autre moitié se tenait à côté, le sourire aux lèvres, sans prendre part à la bataille et sans s'intéresser à l'action !

Ely.

Evoquez le souvenir de ces vaillants morts et, avec votre puissant bras, renouvelez leurs prouesses. Vous êtes leur héritier; vous vous asseyez sur leur trône; le sang et le courage qui les ont rendus illustres coulent dans vos veines, et, mon trois fois puissant seigneur, vous êtes dans le matin du mois de mai de votre jeunesse, c'est-à-dire mùr pour les exploits et les grandes entreprises!

EXETER

Vos pères, les rois et les monarques de la terre attendent que vous vous leviez tous, comme les premiers lions de votre race !

"Westmoreland.

Ils savent que Votre Grâce a le droit, les moyens et la

puissance. Votre Grandeur possède en effet tout cela. Jamais roi d'Angleterre commanda à une noblesse plus riche, à des sujets plus dévoués. Tous les cœurs ont laissé les corps, ici, en Angleterre, et abrités sous les étendards ils campent dans les plaines de France.

Canterbury.

Laissez les corps les suivre, mon aimé suzerain; et que leur sang, leurs épées, leurs ardeurs reconquièrent vos droits. Nous leur viendrons en aide, nous, gens du spirituel, en récoltant pour le service de Votre Grandeur plus d'argent que jamais clergé d'aucun temps en apporta à vos ancêtres. Le Roi Henry.

Il nous faut lever des armées non seulement pour envahir la France, mais nous défendre contre l'Ecossais qui peut fondre sur nous avec avantage.

Canterbury.

Ceux des frontières, mon gracieux souverain, seront un rempart suffisant pour sauvegarder notre île contre les pillages de nos voisins.

Nous ne parlons pas seulement des pillards. Nous avons à redouter un soulèvement général de l'Ecossais qui a toujours été un voisin difficile. Lisez l'histoire. Chaque fois que les armées de mon grand-père ont pénétré en France, l'Ecossais a envahi son royaume dégarni, comme la marée par une brèche, avec toutes ses forces disponibles, harcelant notre pays diminué, faisant subir de longs sièges aux villes et aux châteaux, à tel point que l'Angleterre, sans défense, frémissait et tremblait en les voyant venir. Canterbury.

Elle eut plus de peur que de mal, mon suzerain ; et c'est elle-même qui m'en fournira la preuve. Quant toute sa chevalerie guerroyait en France, qu'elle était comme une veuve en deuil de ses nobles, non seulement elle se défendit bravement, enferma comme une bête forcée le roi d'Ecosse qu'elle envoya en France pour parer le triomphe du roi Edouard d'un prisonnier royal, mais elle fit nos chroniques aussi riches d'exploits que le fond de la mer l'est de navires naufragés et de trésors sans prix... Westmoreland.

Il y a même un vieux et vrai dicton :

Si vous voulez conquérir la Finance, Commencez d'abord par l'Ecosse^.

i. Le dicton en question est cité par Hall, par Holinshed, et se trouve également dans la vieille pièce anonyme : Henry V.

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