ACTE I, SCÈNE II
Car si l'aigle d'Angleterre se met en chasse, la belette d'Ecosse va en rampant jusqu'à son aire abandonnée pour sucer ses œufs princiers, jouant en l'absence du chat le rôle de la souris qui gâte et dévaste plus qu'elle peut manger.
EXETER
La conclusian est que le chat devrait rester à la maison. Mais ce n'est pas une nécessité absolue ; nous avons des verrous pour protéger nos biens et des petits pièges pour attraper les petits voleurs. Tandis que le bras armé se bat au dehors, au dedans la tête avisée se défend elle-même. Si un Etat comprend des grands, des petits et des plus petits encore, tous doivent marcher d'accord, comme les parties musicales dans un concert i.
Canterbury.
En effet. C'est pourquoi le ciel a divisé le gouvernement de l'homme en différentes fonctions qui, par un mouvement continu, tendent toutes au même but : l'obéissance. Tel le travail des abeilles, qui, par une loi naturelle, apprennent à un royaume si peuplé qu'il soit, le principe de l'ordre-. Elles ont une armée, des officiers de différents grades qui, pareils à des magistrats, rendent la justice dans la ruche. D'autres, les marchands, vont chercher les marchandises au dehors. D'autres, les soldats, armés d'aiguillons, butinent les boutons veloutés de l'été, et, dans une marche joyeuse, rapportent leurs prises à la tente royale de leur reine. Elle, dans sa majesté affairée, surveille les maçons chantants - qui construisent des toitures d'or, les graves citoyens qui pétrissent le miel, les pauvres artisans qui
1. Ces vers rappellent un passage du De Republica de Cicéron, passage qui nous a été conservé par saint Augustin. A ce propos, Charles Knight, un des plus remarnuables éditeurs de Shakespeare, s'est demandé si Shakespeare avait lu saint Augustin. Puis se rappelant que le De Republica de Cicéron était une imitation de la Republique de Platon et constatant que les vers de Stiakespeare se rapprochaient plus du texte grec que du texte latin, il a posé la question de savoir si notre poète avait jamais été à même de lire Platon.
A l'époque de Shakespeare, on n'avait traduit de Platon qu'un petit dialogue: Axlochus,ri\n parut en 1592, sous le nom d'Edm. Spenser. Nous pouvons affirmer qu'il n'existait aucune traduction du De Republica. Quant à saint Augustin tout fait supposer qu'il était presque inconnu en Angleterre.
Nous avons fait souvent allusion aux lectures classiques auxquelles pouvait s'être livré Shakespeare. Nous croyons intéressant de donner une liste complète des livres classiquestraduits en Angleterre de son vivant. On la trouvera dans le cinquième volume.
2. 11 y a un curieux rapprochement à f;iire entre la réplique de Canterbury et un passage se trouvant dans VEuphues de Lily (1581). Ce passage — pour les chercheurs— commence ainsi : « Inlihe mariner, Euphues, is the government of a monarcfiie, etc.