‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 11 sur 414 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

cruel! Va le chercher. Je veux le faire arrêter!... Abominable drôle! Où est-il?

Edmond.

Je ne sais pas, monseigneur. S'il vous plaisait d'apaiser votre indignation contre mon frère, jusqu'à ce que vous connaissiez ses intentions vous marcheriez sur un terrain plus solide. En agissant violemment contre lui, en vous méprenant peut-être sur ses projets, vous risquez de faire une brèche à son honneur, et de briser en morceaux un cœur obéissant. Je garantirais sur ma vie qu'il a écrit cette lettre pour éprouver l'affection que je porte à votre Honneur, sans méchante intention.

Glocester.

Croyez- vous?

Edmond.

Si votre Honneur désire s'en rendre compte je peux vous mettre à même de nous entendre conférer sur tout ceci. Vous serez satisfait par une audience personnelle; et cela pas plus tard que ce soir.

Glocester.

Il est impossible qu'il soit monstrueux à ce point! Edmond.

Sans aucun doute,

Glocester.

Un père qui l'aime si tendrement, si complètement!... Ciel et terre ! Edmond, allez le chercher. Mettez-moi en contact avec lui, je vous en prie. Préparez l'épreuve comme il vous plaira. Je mettrai de côté toute considération de famille pour prendre une sage résolution. Edmond.

Je vais aller le chercher, monsieur, et de suite. Je mènerai l'affaire le mieux possible et vous tiendrai au courant. Glocester.

Les dernières éclipses de soleil et de lune ne nous présageaient rien de bon ! Quoique la philosophie naturelle puisse expliquer les éclipses, encore la nature elle-même se trouve-t-elle affligée par leurs fréquents effets : refroidissement dans l'amour, disparition de l'amitié, division entre frères; dans les villes, la mutinerie éclate; dans les contrées, la discorde ; dans les palais, la trahison ; et le lien qui unissait le père au fils est brisé M * Mon misérable fils justifierait la prédiction. Voilà un fils en révolte contre "son père; un roi qui ne sait plus ce qu'il fait; un père contre son enfant! Nous avons vécu le meilleur de notre temps.

1. Le passage entre astérisques ne se trouve pas dans les quartos.

Macliinations, perfidies, traîtrises, tous les désordres nous conduisent d'inquiétudes en inquiétudes au tombeau!...* Va, trouve ce coquin, Edmond, tu n'y perdras rien. Agis prudemment... Et le noble et fidèle Kent est banni! Son offense, l'honnêteté! Etrange! Etrange M

{Il sort).

Edmond.

Voilà bien l'extravagance du monde-! Quand la fortune nous abandonne (ce qui est souvent le résultat de notre conduite), nous accusons de nos désastres le soleil, la lune et les étoiles. Comme si nous devenions coquins par nécessité; fous, par une contrainte céleste; fripons, voleurs, traîtres, par la prédominance des sphères; ivrognes, menteurs et adultères, par obéissance forcée à l'influence des planètes ! Gomme si tout ce que nous renfermons de mauvais dépendait d'une immixtion divine 1 Quelle admirable excuse pour un maître putassier de mettre son tempérament à la charge d'une étoile! Mon père est venu à composition avec ma mère, sous la queue du dragon, et je suis né sous Ursa major^ ; il en résulte que je dois être méchant et lubrique! Bah! j'aurais été ce que je suis, quand la plus virginale étoile du firmament aurait scintillé sur ma bâtardise!... [Entre EDGAR).

Edgar ! il vient à point, comme le dénouement de la vieille comédie. Ma réplique est une sombre mélancolie, avec un soupir, comme Tom en pousse à Bedlam. 0 ces éclipses présagent toutes les divisions! Fa, sol, la, mi! Edgar.

Eh bien, frère Edmond? Que veut dire cette grave méditation ?

\. L'aventure de Glocester et de ses fils paraît avoir été inspirée à Shakespeare par la lecture de VArcadie de Sydney.

2. Dans les meilleures pièces de Shakespeare, observe Warburton, à propos de l'exclamation d'Edmond, il y a généralement un personnage, atteint d'une manie ou d'une folie quelconque, que l'auteur se plaît à ridiculiser. Ici, nous avons affaire aux superstitions de l'astrologie. A l'époque de Shakespeare, ces superstitions étaient multiples. On était convaincu, par exemple, qu'une conjonction d'astres pouvait influer sur les destinées d'un enfant à naître. L'Angleterre devait ses préjugés à l'Italie qui en était remplie. Petrus Aponensis, un médecin italien du xiii* siècle, affirmait que les prières adressées à Dieu quand la lune se trouvait en conjonction avec

l'opinion, 3. La Grande Ourse.

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