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Voir : Londres au tem.ps de Shakespeare

Il est assez difficile aujourd'hui de se représenter ce qu'étaient les mœurs littéraires au seizième siècle. La propriété littéraire était envisagée sous un jour tout à fait particulier et dont nos consciences ne parviennent pas à se faire une idée. On achetait une pièce- si elle ne portait pas le nom dun auteur sympathique au public, ou si elle avait besoin d'un regain de succès, on la confiait à l'auteur en vogue qui y faisait quelques modifications, la sienait ou la laissait signer de son nom par i éditeur, et le véritable auteur eut été aussi mal avisé de se plaindre que son collaborateur improvisé d'éprouver le moindre remords. Un tel tripotage se faisait journellement dans les Compagnies. La troupe de lord Strange tenait-elle un succès? Celle de lord Chambellan cherchait à l'acheter, puis redonnait une sorte de virginité a l'œuvre en la faisant transformer par un faiseur ordinaire, ou en la confiant à un homme de génie, suivant l'occasion.

C'est exactement ce qui s'est passé pour les trois parties de

La troupe de lord Chambellan possédait la seconde et la troisième partie du Henry VI de Greene et de Peele Des retouches étaient nécessaires, elle en chargea Shakespeare. Il est même nrobable que Greene et Peele y consentirent, a condition qu'il gardât l'incognito. Les deux pièces sont représentées. Elles ont du succès. La troupe de lord Chambellan se souvient alors qu'il existe une première partie de Henry VI, appartenant à lord Strange. Désireuse de posséder la trilogie, elle entre en pourparlers avec la susdite troupe de lord Strange, qui consent a lui céder la pièce. Là-dessus meurt Shakespeare. Directeurs et éditeurs signent bravement les trois pièces de son nom (les Greene et les Peele pourront réclamer, ils ne seront pas entendus) et quand il s'agira de confectionner l'in-folio de 1623 les éditeurs, qui n'y regardent pas de si près, n'hésiteront pas a les mettre à la suite de Henry V, et sous la même signature.

Néanmoins Shakespeare, on sen rend compte maintenant, a fait quelques retouches à la seconde et à la troisième partie de Henry VI. C'est parce que ces deux parties portent de temps en temps sa marque que nous nous sommes décidé à les publier les faisant précéder de la première partie, pour que le lecteur ait sous les yeux toutes les pièces du procès. 11 y a, en effet dans cette seconde et dans cette troisième partie, des passages comme le monologue d'York (2-^ partie), la mort du cardinal Beauford (2« partie), la tirade du Capitaine (2« partie) le monologue du roi Henry (3° partie), où le génie de Shakespeare éclate, au milieu du fatras de Greene et de Peele. G est du beau soleil en plein hiver.

Dans la première partie de Henry VI on trouvera un personnage appelé John Fastolfe qui n'a rien de commun avec 1 admirable John Falstaff de Shakespeare, malgré un semblant de parenté lointaine. L'introduction de ce personnage suffirait a prouver que la pièce n'est pas de Shakespeare. Ajoutons qu il est historique. Il a existé, en effet, un sir John Fastolfe, cité dans les chroniques d'Angleterre, lieutenant général, députe, récent du duc de Bedford en Normandie, et chevalier de la Jarretière, qui fut dégradé pour félonie.

PERSONNAGES

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