ROI HENRY VI
Drame historique
AUX TROIS PARTIES DU RCt HENRY VI.
Nous avons longtemps hésité avant d'insérer les trois parties du Z- Henry VI parmi les œuvres dramatiques de Shakespeare, nous demanLnt s'il ne faudrait pas mieux, pour la gloire du Doète et le respect de la vérité littéraire, les rejeter parmi les apocryphes AMa lecture, en effet, de ces trois parties pourvu Se 7on soit habitué à la tournure d'esprit, à la poe ique, au style de Shakespeare, tout démontre qu'elles ne sont pas de lulNon seulement la forme littéraire le défend mais la confeçuôn même du drame s'y oppose. On se trouve devant une série d'anecdotes prises dans Holinshed et Hall, distribuées sans art, se succédant^ sans intérêt, se démentant quelquefois, quelque chose comme un cours d'histoire qu'une main maladroite aurait divfsé paTlranches scéniques pour le mieux faire avaler a des élèTes?écalcitiants. Souvent la maladresse engendre limbecillUe et l'imbécillité le dégoût. On ne saurait s'imaginer l effet produit par ^ii^ Première partie de Henry VI où l'auteur nous montre Ene Jeanne d'Arc assimilée à la plus vile des sorcières et cherchant à sauver sa peau en affectant une grossesse dont elle Serait 1 origine. Dans ces trois parties Henry V est dune stupidité qui Souvent conflue au gâtisme. Dans la seconde partie, quand la duchesse de Glocester, vêtue d un linceulblanc Seau au dos, les pieds nus, tenant une torche allumée a la main ïeScontre son mari Humphrey, duc de Glocester, se plaint de l'humiliation publique qu'on lui inflige et s'attire cette réponse:^ Oublie cette misère » ; quand cette même duchesse fait Sbserver au même duc de Glocester, qu'elle en est réduite a la suprême honte, et que ce dernier, prince et maître du Pfjs, impassible lui répond: « Tais-toi, cu raisonnes tout de travers. Le scandale sera vite passé », on so demande si. l on n assis e pas à quelque mauvaise parodie. Nous pourrions insister sur la Lène entre Talbot et la comtesse d'Auvergne ; celle ou devant Rouen, Jeanne d'Arc se conduit en mégère; celle entre Suffolk et dame Marguerite, etc.. etc., en demandant grâce pourtant pour une belle scène du quatrième acte entre Talbot et son fils, scène à laquelle Shakespeare a mis certainement la main. Le lecteur fera lui-même son choix. j r, • n i/i
Comment, jusqu'à présent, les trois parties du Roi Henry VI ont-elles été attriDuées à Shakespeare? .,
Il existait une vieille pièce intitulée : La Première partie du roi Henry VI {The first Part of King Henry VI), a laquelle succéda une autre pièce: Histoire de la querelle des deux Maisons aYork et de Lancaster (The Whole Contention of the two Houses of 1 ork and Lancaster), celle-ci probablement écrite ayant 1590. imp"mee en quarto (il n'existe pas de quarto de lapremierepièce)enl600,et, comme la première, de la composition d'un ou de plusieurs auteurs.
prédécesseurs de Shakespeare. De qui était la première pièce? Peut-être de Marlowe, de Greene, de Peele ou de Lodge. On peut le supposer, du moins à l'abondance des allusions mythologiques, des citations d'auteurs classiques, d'historiens anciens et modernes. Seuls Marlowe, Greene, Peele ou Lodge pouvaient évoquer avec tant d'insistance Mars, Jules César, Mahomet et sa colombe, Hélène, Froissard, la sybille de Rome, Hannibal, la fille d'Astrée, Adonis, Rhodope, Memphis et son coffre, Cyrus, Thomyris, Hermès, Hector, Nestor, Icare, le grand Alcide, le Minotaure, Circé, etc., etc. Dans la forme du vers on retrouve leur manière : pas d'enjambements, redondance de la syllabe finale, etc. Par moments on croirait lire le Looking Glass for London and England, de T. Lodge et R. Greene (1598); Solyman and Perseda (1592) ; Selimus Emperour of the Turks (l^9i); The Spanish Tragedy [1592); Titus Andronicus. Dans un pamphlet de Thomas Nash, qui fut l'ami intime de Greene, se trouve un passage prouvant que la Première partie de Henry VI est antérieure à l'année 1592. Eh bien, la seule lecture de ce passage vous autoriserait presque à affirmer que la première partie de Henry VI, a été écrite par un camarade de Greene.
Passons à la seconde pièce.
L'Histoire de la querelle des deux maisons d'York et de Lancastre était en deux parties. La première intitulée : La première partie de la querelle des deux fameuses maisons d'York et de Lancastre, avec la mort du bon duc Humphrey, etc. La seconde : La véritable tragédie de Richard, duc d'York, et la mort du bon roi Henry VI. Toutes deux inscrites sur les registres du Stationner Hall, par Thomas Millington, le 12 mars 1593-4, puis imprimées en 1600. Le nom de Shakespeare n'y figure pas. Il n'y figurera que dans une édition suivante imprimée par un certain Pavier, enl619, c'est-à-dire trois ans après la mort de Shakespeare. Faut-il y voir une réparation tardive? Ce serait bien mal connaître le siècle où nous sommes. Il faut simplement se dire que le susdit Pavier attendait la mort de Shakespeare pour spéculer sur sa célébrité et lui attribuer la paternité d une œuvre dont le débit était difficile. Il n'avait même pas !e mérite de l'invention.
Mais le hasard allait s'en mêler.
A la même époque parait un pamphlet de Robert Greene, intitulé : Grecns Groatsworth of Witte i dans lequel, s'adressant à Georges Peele, il accuse Shakespeare de se parer de leurs plumes. Lisez le pamphlet, méditez sur la coïncidence, revenez sur le second Henry VI, faites appel à tout votre sens critique, il n'y a plus de doute à avoir, Greene et Peele sont les auteurs de la Première partie de la querelle des deux fameuses maisons d'York et de Lancastre et de La véritable tragédie de Richard, duc rfTor/- ; ou Greene est l'auteur de l'un des drames, et Peele de laatre. Et voilà la supercherie du libraire Pavier complètement dévoilée.
Donc, si la première partie de Henry VI n'est pas de Shakespeare, la seconde et la troisième sont de Greene et de Peele. Voilà qui est bien entendu.
Mais alors, comment se fait-il que les trois parties de Henry VI, figurent dans le folio ?