ACTE n, SGÈNE I
Le Bâtard.
Ce TaJbot doit être un démon de l'enfer.
René.
Si ce n'est pasl'enfer, c'est sûrement le ciel qui le protège.
Alençon.
Voici venir Charles. Je suis étonné de le voir accourir si vite. {Entrent CHARLES et la PUCELLE).
Le Bâtard.
• Parbleu ! La sainte Jeanne était sa gardienne tutélaire. Charles.
Est-ce là ta science, trompeuse dame? Nous as-tu fait partager d'abord un léger succès pour nous laisser infliger ensuite une perte dix fois plus grande? Pourquoi Charles s'impatiente-t-il contre son amie? Croyezvous que mon pouvoir puisse être toujours le même, en toute circonstance ? Endormie ou éveillée, dois-je tout prévoir, sous peine d'encourir votre blâme et de toujours assumer la faute? Soldats imprévoyants! Si vous aviez fait bonne garde, jamais ce revers soudain n'aurait eu lieu. Charles.
Duc d'Alençon, la faute en est à vous. Cette nuit commandant aux sentinelles, vous auriez dû mieux remplir une charge de cette importance.
Alençon.
Si tous les quartiers avaient été aussi bien surveillés que celui dont j'avais la garde, jamais nous aurions été si honteusement surpris.
Le Bâtard, Le mien était en sûreté.
- René.
Le mien aussi, milord.
Charles.
Quant à moi, j'ai passé une grande partie de la nuit dans le quartier de la Pucelle et dans mon enceinte, allant de tous côtés et ralliant les sentinelles. Comment, par quels chemins, ont-ils pu entrer ?
La Pucelle.
La question, messeigneurs, n'est pas de savoir, comment et par quels chemins ils sont entrés. 11 est certain qu'ils ont trouvé un endroit faiblement gardé par où ils ont escaladé. Maintenant nous n'avons plus qu'une ressource : rassembler nos soldats dispersés et combiner de nouveaux plans pour endommager l'ennemi.
{Alarme. Entre un SOLDA.! anglais criant : « Talbott •Talbot » / Ils se sauvent, laissant leurs habits derrière eux).
Le Soldat.
Je m'en vais prendre, sans plus de façon, ce qu'ils ont laissé. Le cri de Talbot remplace une épée, car me voilà chargé de nombreuses dépouilles sans m'être servi d'autre arme que son nom.