UN CAPITAINE ET AUTRES
Bedford.
Le jour commence à percer, tandis que s'enfuit la nuit avec le manteau ténébreux qui recouvrait la terre.
fOn sonne la retraite).
On sonne la retraite, nous pouvons cesser notre chaude poursuite.
Talbot.
Amenez le corps de Salisbury, et exposez-le sur la place publique, au centre de cette ville maudite. J'ai accompli cette nuit le vœu que j'avais fait à son âme ; pour chaque goutte de sang par lui perdue, j'ai tué cinq Français. Afin que la postérité sache comment il a été vengé, j'érigerai, dans leur principaleéglise,untombeauoùreposerason corps. Sur ce tombeau je ferai graver, lisible pourtous, l'histoire du sac d'Orléans, de la trahison à laquelle il a succombé, de la terreur qu'il a jetée en France. J'y songe, milord. Au milieu de notre sanglant massacre, nous n'avons pas trouvé sa Grâce le Dauphin, ni son nouveau champion, la vertueuse Jeanne d'Arc, ni aucun de ses perfides aUiés. Bedford.
On dit, lord Talbot, qu'au début du combat, ayant précipitamment quitté les lits dans lesquels ils sommeillaient, ils auraient sauté les murailles, au milieu des troupes armées, pour se réfugier dans la plaine.
Le Duc de Bourgogne.
Moi-même (d'aussi loin que je pouvais distinguer dans le brouillard et les épaisses vapeurs de la nuit) je suis sûr d'avoir mis en fuite le Dauphin et sa drôlesse, comme ils accouraient bras-dessus bras-dessous, ainsi qu'une paire d'amoureux tourtereaux qui ne peuvent se séparer ni le jour ni la nuit. Quand tout sera mis en ordre ici, nous em-