‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 199 sur 414 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

MORTIMER

Gela suffit. Mon cœur sera satisfait. Pauvre gentilhomme ! Son injure égale la mienne ! Depuis que Henry Monmouth est sur le trône (avant sa gloire j'étais déjà réputé dans les armes), j'ai subi cette odieuse séquestration, en même temps que Richard perdait son autorité, se voyait privé d'honneurs et d'héritage. Mais maintenant l'équitable mort, bienfaisante arbitre des désespérances et des misères humaines, va me rendre une douce liberté en m'élargissant d'ici. Je voudrais que ses chagrins touchassent aussi a leur fin et qu'il pût recouvrer ce qu'il a perdu,

(Ënïre RICHARD PLANTAGENET).

Le Premier Gardien.

Milord, votre très aimé neveu est là.

Mortimer.

Richard Plantagenet, mon parent ! Il est venu ? Plantagenet.

Oui, noble oncle si honteusement maltraité, votre neveu est venu, chargé d'un nouvel outrage.

Mortimer.

Dirigez mes pas, que je puisse l'embrasser et sur son sein rendre mon dernier soupir I Vous me direz quand mes lèvres atteindront ses joues, que je lui donne un baiser! Doux rejeton de la grande famille d'York, ne parlais-tu pas d'un nouvel outrage ?

Plantagenet,

Appuie ton corps vieilli sur mon bras, et quand tu seras à ton aise, je te conterai ma peine. Des paroles ont été échangées entre Somerset et moi. Sa langue indomptée m'a adressé, relativement à la mort de mon père, des reproches qui m'ont fermé la bouche. Bon oncle, au nom de mon père, de notre parenté, pour l'honneur d'un loyal Plantagenet, dites-moi la raison pour laquelle le comte de Cambridge a été décapité I

Mortimer.

Pour la même raison, cher neveu, qui m'a tenu emprisonné pendant toute une jeunesse florissante, dans un odieux donjon, où je meurs.

Plantagenet.

Conte-la moi dans tous ses détails, car je ne sais rien et ne puis rien deviner.

Mortimer.

Soit, si mon souffle épuisé le permet, et si la mort ne vient pas avant la fin de mon récit. Henry le quatrième, grandpère de ce roi, a déposé son neveu Richard, le fils d'Edouard, le premier né et l'héritier légitime du roi Edouard, troisième du nom. Durant son règne, les Percy de Nord, estimant

l'usurpation trop injuste, tentèrent tous les efforts pour me placer sur le trône. Le principe auquel obéissaient ces lords belliqueux était celui-ci : le jeune roi Richard déposé ne laissant pas d'héritier direct, je devenais le plus proche du trône par la naissance et la parenté, descendant par ma raère de Lionel, duc de Clarence, troisième fils du roi Edouard IIÎ, tandis que lui ne descendait que de Jean de Gand, seulement quatrième de cette héroïque lignée. Suismoi bien. Tandis qu'ils se livraient à cette haute et grande entreprise, qu'ils tentaient d'installer l'héritier légitime, nous perdîmes, moi la liberté, et eux la vie. Longtenaps après, sous le règne de Henry le cinquième, qui succédait à son père, Bolingbroke, ton père, comte de Cambridge, descendant du fameux Edouard Langley, duc d'York, épousa ma sœur, c'est-à-dire ta mère, et pris de pitié pour ma dure infortune, leva une armée * dans le but de me délivrer et de m'installer sur le trône. Le noble comte échoua comme les autres, fut décapité et c'est ainsi que les Mortimers, gardiens du droit, furent supprimés.

Plantages ET. Votre Honneur est le dernier d'entre eux.

MORTIMER

En effet. Aussi, n'ayant pas de descendance, la faiblesse de ma vue annonçant ma mort, je te nomme mon héritier en te recommandant de profiter des conséquences qui peuvent en résulter. Prends seulement les plus sages précautions.

Plantagenet.

Tes graves recommandations ne seront pas oubliées. Un mot encore. L'exécution de mon père ne fut rien moins que la consécration d'une sanguinaire tyrannie.

MORTIMER

Neveu, que le silence soit ta politique ! La maison de Lancastre est solidement édifiée, immuable comme une montagne. Mais maintenant ton oncle va quitter la terre, comme des princes quittent leur Cour, quand ils sont fatigués de demeurer longtemps à la même place. Plantagenet.

0, mon oncle, que ne puis-je avec une partie de mes jeunes ans racheter votre vieillesse !

Mortimer.

Tu ne ferais qu'augmenter mon chagrin, comme un boucher qui multiplie les coups, quand un seul donnerait la

4. Il y a encore ici une erreur historique, Cambridge ne leva pas d'armée, mais fut appréhendé à Southampton la nuit qui précéda le départ de Henry pour la France.

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