‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 207 sur 414 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

par la France — jure de reprendre cette ville ou de mourir f Quant à moi, aussi vrai que Henry d'Angleterre est en vie, que son père a conquis cette ville, que dans ce Rouen perdu par trahison a été enterré le cœur du grand Richard, Cœur de Lion, je jure de reprendre cette cité ou de mourir! Bourgogne.

Mes vœux répoûdent aux tiens!

Talbot.

Avant de parler, occupons-nous de ce prince mourant, le vaillant duc de Bedford. Venez, milord, nous vous chercherons une place meilleure, convenant mieux à votre faiblesse et à votre grand âge.

Bedford.

Lord Talbot, ne m'humiliez pas ainsi I Je veux demeurer sous les murs de Rouen pour partager votre bonne ou votre mauvaise fortune.

Bourgogne.

Courageux Bedford, laissez-vous persuadier.

Bedford.

Je veux rester ici ! J'ai lu que le redoutable Pendragon ^ vint dans sa litière, malade, sur le champ de bataille et vainquit ses ennemis. Il me semble, moi aussi, que je pourrais raviver le cœur de nos soldats, les ayant toujours trouvés aussi ardents que moi-même !

Talboï.

Un esprit intrépide dans un corps mourant ! Qu'il en soit donc ainsi! Le ciel protège le vieux Bedford! Maintenant, brave Bourgogne, assez de paroles. Rassemblons nos forces dispersées et fondons sur notre orgueilleux ennemi 1 {Bourgogne, Talbot et des soldats sortent, laissant Bedford et son. entourage).

{Alarme. Mouvements de troupes. Entrent sir John FASTOLFE et un CAPITAINE).

Le Capitaine.

Où allez-vous, sir John Fastolfe, en telle hâte?

Fastolfe. Où je vais? Sauver ma peau par la fuite 2. Nous allons encore être battus !

Le Capitaine.

Quoi! Vous voulez fuir et abandonner lord Talbot?

1 Uther Pendragon, frère d'Aurelius et père du roi Arthur.

2. Je suis persuadé que c'est la couardise exagéj-ée de sir John Fastolfe qui a donné à Shakespeare l'idée d'appeler son chevalier Falstaff. Sir John Fastolfe s'enfuit lors de la bataille de Patav en 1429, mais aucun historien ne parle de sa lâcheté devant flouent (Note de Malone).

Fastolfe.

' Oui, tous les Talbots du monde pour sauver ma vie I

(// sort).

Le Capitaine.

Chevalier félon ! Que la mauvaise fortune te suive !

{Il sort).

{Retraite. Mouvements de troupes. Sortent de la ville, la Pucelle, Alençon, Charles, etc., en fuyant). Bedford.

Maintenant, mon âme, vous pouvez vous envoler quand il plaira au ciel I J'ai vu nos ennemis vaincus t Qu'est-ce donc que la confiance ou la force d'un homme insensé ? Ceux qui, dernièrement, nous affrontaient avec mépris, sont maintenant heureux de trouver le salut dans la fuite !

{Alarme. Entrent TALBOT, BOURGOGNE et autres). Talbot.

Perdue et regagnée en un jour ! L'honneur est double, Bourgogne I Que le ciel soit glorifié pour cette victoire ! Bourgogne.

Belliqueux et martial Talbot, Bourgogne te porte dans son cœur où il érige un monument à tes actions d'éclat ! Talbot.

Merci, gentil duc. Où est la Pucelle ? Je suppose que son démon familier est endormi. Qu'est-il advenu des bravades du Bâtard et des plaisanteries de Charles ? Quoi, tous désespérés I Rouen courbe la tête sous le chagrin de voir partir une si vaillante compagnie. Maintenant, il s'agit de prendre les dispositions nécessaires dans la ville et d'y placer des officiers expérimentés. Ensuite, afin de retrouver le roi, nous partirons pourParis où lejeune Henry habiteavecla noblesse. Bourgogne.

Ce que veut lord Talbot plaît à Bourgogne.

Talbot.

Avant de partir, n'oublions pas le noble duc de Bedford qui vient de rendre l'âme. Faisons-lui, à Rouen, de superbes funérailles. Jamais plus brave soldat porta la lance ; jamais plus noble cœur régna sur une Cour. Mais hélas! les rois et les plus puissants potentats doivent mourir. La mort est la fin de l'humaine misère 1

{Ils sortent).

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