ACTE III, SCÈNE II
Charles.
Saint Denis bénisse cet heureux stratagème I Encore une fois nous dormirons tranquilles dans Rouen. Le Bâtard.
La Pucelle est entrée ici avec les complices de son stratagème ; maintenant qu'elle y est, comment nous indiquerat-eîle le passage le meilleur et le plus sur? Alençon.
En brandissant une torche du haut de cette tour ; ce qui voudra dire que le chemin, par lequel elle est entrée, était mal gardé.
{Entre /a PUCELLE sur un créneau, brandissant une torche enflammée).
La Pucelle.
Regardez! C'est l'heureuse torche nuptiale qui réunit Rouen à ses compatriotes, mais dont la lueur sera fatale aux amis de Talbot !
Le Bâtard.
Vois, noble Charles ! Le fanal de notre amie ! Sa torche enflammée brille sur cette tourelle.
Charles.
Elle luit comme une comète vengeresse, prophétisant la chute de tous nos ennemis.
Alençon.
Ne perdons pas de temps. Les délais finissent mal. Entrons, crions : Le Dauphin! et exterminons le poste!
{Ils entrent).
(Alarme. Entrent TALBOT et quelques Anglais). Talbot.
France, tu paieras cette trahison de tes larmes, si Talbot survit à ta déloyauté ! La Pucelle, cette magicienne, cette damnée sorcière, a accompli sa besogne d'enfer d'une façon si inattendue que nous avons difficilement échappé à l'arrogant pouvoir de la France !
{Ils entrent dans la ville).
{Alarme. Va-et-vient. Sortent de la ville, BEDFORD, malade porté dans un fauteuil; TALBOT, BOUR- GOGNE et des forces anglaises. Au même moment, paraissent sur les murs Içi PUCELLE, CHARLES, le BATARD, ALENÇON et autres).
La Pucelle.
Bonjour, mes braves ! Avez-vous besoin de blé pour le pain? Je crois que le duc de Bourgogne jeûnera avant d'en acheter à un tel prix! Il était rempli d'ivraie. En aimez-vous le goût.
Bourgogne.
Raille, vile diablesse, courtisane éhontéel J'espère avant
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qu'il soit longtemps t'étouffer avec ton blé et tu pourras alors en regretter la récolte !
Charles.
A moins que Votre Grâce meure avant de faim.
Bedford.
Que des actions et non des mots nous vengent de cette trahison I
La Pucelle.
Que voulez-vous faire, bonne barbe grise ? Briser une lame et jouter à mort dans un fauteuil?
Talbot. Démon de France, méprisable sorcière entourée d'amants impudiques! Te convient-il de mépriser un courageux vieillard et de censurer lâchement un homme à moitié mort! Donzelle, nous referons une partie de plaisir ensemble, ou je veux que Talbot meure de honte !
La Pucelle.
Etes-vous si chaud, messire? Mais demeure en paix, Pucelle. Si Talbot se met à tonner, il s'ensuivra de la pluie ! {Talbot et les autres se consultent).
Dieu protège le Parlement! Qui sera l'orateur?
Talbot.
Oserez-vous descendre et vous rencontrer enplein champ?
La Pucelle.
Je crois que Votre Seigneurie nous prend pour des fous, en nous proposant de constater si notre bien nous appartient. Talbot.
Je ne parle pas à cette injurieuse Hécate, mais à toi, Alençon, et à tes compagnons. Voulez-vous, comme des soldats venir combattre dehors?
Alençon.
Non, signior.
Talbot.
A la potence, signior! Bas muletiers de France ! Comme de méprisables valets de pied, ils gardent les murs, au lieu de prendre les armes en gentilshommes !
La Pucelle.
Rentrons, capitaines. Quittons ces murs. Talbot lance des regards qui n'annoncent rien de bon ! Dieu vous garde, milord, nous étions venus ici uniquement pour vous annoncer que nous y étions.
{La Pucelle et ceux qui l'accompagnent quittent les murs).
Talbot.
Nous y serons aussi avant qu'il soit longtemps, ou Talbot
n'est pas à la hauteur de sa renommée I Bourgogne, pour
l'honneur de ta maison — honneur publiquement outragé