‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 21 sur 414 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

GONERIL

Ne vous fatiguez pas à en chercher la raison et laissez-le suivre les inspirations de son radotage. {Rentre LEAR).

Lear.

Quoi! Cinquante des gens de ma suite, d'un seul coup, au bout de quinze jours?

Albany.

Qu'y a-t-il, monsieur?

Lear.

Je vais vous le dire... Vie et mort! (à Goneril). Je suis honteux qu'à moi, un homme, tu puisses faire répandre des larmes brûlantes dont tu n'es pas digne ! Que les rafales et les brouillards tombent sur toi! Que les blessures inguérissables de la malédiction paternelle te rongent dans tous les sens!... Oh! mes vieux yeux de fou, si vous pleurez encore sur tout ceci, je vous fais sauter de vos orbites et vous jette avec l'eau que vous perdez, pour faire de la boue!... Ah ! en être arrivé là !... Qu'il en soit ainsi !... Mais, j'ai une autre fille qui, j'en suis sûr, est bonne et généreuse. Quand elle connaîtra ta conduite, elle déchirera de ses ongles ton visage de louve! Sois bien persuadée que je reprendrai ma première forme que tu crois perdue pour jamais; et cela, je te le garantis !

{Lear, Kent et les gens de la suite sortent).

GoNERIL.

Avez-vous entendu, milord?

Albany.

Je ne puis être assez partial, Goneril, malgré tout l'amour que je vous porte...

Goneril.

N'insistez pas, je vous prie... Holà! Oswald! {Au Fou). Vous, monsieur, qui êtes plus coquin que fou, suivez votre maître.

Noncle Lear, noncle Lear, attends et prends le Fou avec toi I Un renard qu'on aurait pris Et une fille pareille Seraient sûrement pendus Si mon bonnet pouvait payer une potence. Et sur ce, le Fou s'en va.

{Il sort).

* Goneril *.

Cet homme a été de bon conseil... Cent chevaliers! A la moindre lubie, à la moindre boutade, à la première fantai-

1. Le paissage entre astérisques ne se trouve pas dans les quartos.

sie, à la première récrimination, le premier déplaisir, il pourrait s'en servir pour défendre son imbécillité et mettre nos existences à sa merci... Oswald!...

Albany.

Peut-être exagérez-vous vos craintes.

GONERIL

C'est plus sûr que d'exagérer la confiance. Laissez-moi prévenir les malheurs que je redoute; cela vaut mieux que trembler toujours. Je connais son cœur. Tout ce qu'il a dit, je l'ai écrit à ma sœur. Si elle le supporte, lui et ses cent chevaliers, quand elle saura quels inconvénients... * Eh bien, Oswald»?

{Entre L'INTENDANT).

Avez-vous écrit cette lettre à ma sœur? L'Intendant.

Oui, madame.

GoNERIL.

Prenez une escorte avec vous, montez à cheval et courez informer ma sœur de mes craintes personnelles. Vous y ajouterez les raisons que vous trouverez, pour leur donner plus de consistance encore. Allez et revenez le plus vite possible.

{L'Intendant sort) .

Milord, de cette douce bienveillance qui règle votre conduite, je ne vous ferai pas un crime; mais, laissez-moi vous le dire, votre manque de prudence mérite plus de reproches que votre malfaisante douceur vaut d'éloges I Albany.

Je ne vois pas aussi loin que vos yeux, mais le mieux est souvent l'ennemi du bien.

GoNERIL.

Alors...

Albany.

Soit. Attendons les événements.

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