ACTE IV, SCÈNE I
battaient dix contre un — avant la rencontre, avant qu'un coup ait été échangé, le couard que je prenais pour un fidèle écuyer, s'est lâchement sauvé ! Dans cet assaut, nous avons perdu douze cents hommes; moi et divers gentilshommes avons été surpris et faits prisonniers. Maintenant, grands lords, jugez si j'ai eu tort et si, oui ou non, de pareils lâches peuvent porter cet ornement de la chevalerie. Glocester.
A parler franc, l'action a été infâme; elle eût déshonoré un homme du commun, à plus forte raison un chevalier, un capitaine, un chef.
Talbot.
Quand cet ordre fut créé\ milords, on choisit les chevaliers de la Jarretière parmi ceux de haute naissance, parmi les vaillants, les vertueux, les renommés pour leur courage, les héros qui avaient acquis leur réputation à la guerre, qui ne craignaient pas la mort, qui bravaient la détresse et demeuraient toujours résolus dans les pires extrémités. Il en résulte que celui qui n'a pas les mêmes qualités usurpe le nom sacré de chevalier, profane le plus honorable des ordres et devrait (si je suis digne d'en juger ainsi) être dégradé, comme un paysan qui, trouvé dans une haie, s'enorgueillirait de sa noble naissance.
Le Roi Henry.
Honte de tes compatriotes, tu as entendu ton jugement? Décampe donc, toi qui fus chevalier. Je te bannis, sous peine de mort.
' [Fastolfe sort).
Maintenant, milord Protecteur, lisez la lettre de notre oncle, le duc de Bourgogne.
Glocester, regardant la suscription.
Pourquoi Sa Grâce a-t-elle changé sa formule? Pas autre chose que simplement et crûment : Au roi? A-t-il oublié que le roi est son souverain ? Cette suscription grossière ne
4 . On adopte le conte vulgaire, mais qu'aucune autorité ancienne n'appuie, que, dans un bal donné à la Cour, la maîtresse d'Edouard 111, communément supposée être la comtesse de Salisbury, laissa tomber sa jarretière, que le roi, en la ramassant, aperçut quelques courtisans sourire, comme s'ils ne croyaient pas qu'il dût cette faveur au simple hasard, et qu'il dit à haute voix : Honni soit qui mal y poise. Comme tout événement susceptible d'une tournure galante était alors célébré avec éclat parmi ces anciens guerriers, le prince aurait institué l'ordre de la Jarretière en mémoire de celui-ci, et donné pour devise les mots que l'on vient de rapporter. Quelque frivole qu'elle paraisse, ajoute Hume, à qui nous empruntons ces détails, cette origine n'est pas incompatible avec les mœurs de ce siècle et il est difficile de renore autrement raison et de la devise et du signe particulier de la Jarretière, l'un et l'autre n'ayant aucun rapport sensible avec des coutumes ou des ornements militaires de ce temps.
serait-elle là que pour attester un changement dans ses dispositions ? (Lisant) : Pour des raisons spéciales — ému de compassion devant les malheurs de ma patrie, les pitoyables plaintes de ceux que vous opprimez, — f abandonne votre pernicieuse faction et rejoins Charles, le légitime roi de France. 0 monstrueuse trahison I se peut-il que l'alliance, l'amitié, les serments, se transforment en une pareille perfidie !
Le Roi Henry.
Quoi ! Mon oncle de Bourgogne se révolte !
Glocester.
Oui, milord, et devient notre ennemi.
Le Roi Henry.
La lettre ne contient rien de plus mauvais ?
Glocester. • C'est tout ce qu'il écrit, milord.
Le Roi Henry.
Eh bien ! lord Talbot ira le trouver et le châtiera de cette félonie. Qu'en dites-vous, milord? N'êtes-vous pas satisfait? Talbot.
Si, mon suzerain ! mais je regrette de n'avoir pas eu le temps de solliciter cette faveur.
Le Roi Henry.
Rassemblez des forces et marchez vite contre lui. Qu'il ressente la colère où nous met sa trahison, et sache de quelle offense on se rend coupable en trompant un ami. Talbot.
J'y vais, milord, désireux du fond du coeur que vous puissiez, une fois de plus, assister à la confusion de vos ennemis.
{Il sort).
(Entrent VERNON et BASSET).
Vernon.
Accordez-moi le combat, gracieux souverain 1
Basset.
A moi aussi, milord, accordez-moi le combat !
York.
C'est un de nos gens, écoutez-le, noble prince!
C'est un de nos gens aussi, favorisez-le, doux Henry.
Le Roi Henry.
Soyez calmes et laissez-les s'expliquer. Parlez, messieurs. Qui provoque ainsi votre colère ? Quelle raison vous pousse à combattre? Et quels sont vos adversaires? Vernon.
C'est lui, milord, qui m'a outragé !
Basset.
C'est par lui que je l'ai été !