ACTE V, SCÈNE III
Ensuite, nous irons sous les murs du château de votre père, nous demanderons par un parlementaire a conférer avec
{Les troupes s'avancent).
{On sonne au parlementaire. RENE paraît sur les murs).
SUFFOLK
René, vois ta fille prisonnière.
René.
De qui ?
SUFFOLK
De moi.
René.
Suffolk, comment y remédier? Je suis un soldat, mcapa-
ble de pleurer, ou de récriminer contre les fantaisies de la
fortune .
Suffolk.
Il Y a un remède, monseigneur. Consens pour ton honneur, à ce que ta fille soit unie à mon roi. J'ai deja obtenu non sans peine son adhésion à ce projet Cette captivité facile à supporter, aura valu à ta fille une liberté princiere. René.
Suffolk parle-t-il franchement?
Suffolk.
La belle Marguerite en est témoin. Suffolk ne sait ni flatter, ni feindre, ni mentir.
René.
Me confiant à toi comme à un haut personnage, je descends Dour donner une réponse à ta noble demande. ^ {Il quitte le mur),
J'attendrai ta venue.
{Sonnerie de trompettes. Entre RENE).
René.
Brave comte, soyez le bienvenu sur notre territoire. Commandez en Anjou comme il plaira à Votre Honneur. Suffolk.
Je vous remercie, René, heureux que je serais de voir cette charmante enfant devenir la compagne d un roi.Uuelle réponse Votre Grâce fait-elle à ma demande !
René. . ,
Puisque tu daignes courtiser son faible mente pour qu elle devienne la princiere fiancée d'un tel seigneur, qu on me laisse iouir tranquillement de mon bien, que les comtes du Maine et de l'Anjou demeurent libres de tout impôt, garantis contre les maux de la guerre, et s'il y consent, ma iille est à Henry.
300 LA PRExMIÈRE PARTIE DE HENRY VI
SUFFOLK
C'est sa rançon, je la fais libre. Quant aux deux comtés, je m'arrangerai de façon que Votre Grâce en jouisse en toute quiétude.
René.
Au nom du roi Henry, en ta qualité de représentant de ton gracieux roi, je te donne la main de ma fille, comme gage de sa foi.
SUFFOLK
René de France, je te remercie au nom du roi, puisque c'est en son nom que j'agis. [A part). Et pourtant, j'eusse été content de plaider ma propre cause en cette affaire. (Haut). Je vais retourner en Angleterre avec ces nouvelles, et faire préparer les solennités du mariage. Adieu René. Mets ce diamant en sûreté, dans le palais d'or qui lui convient. René.
Je t'embrasse comme j'embrasserais le prince chrétien, le roi Henry, s'il était ici.
Marguerite.
Adieu, monseigneur! Les meilleurs vœux, les prières de Marguerite, sont pour toujours assurés à Suffolk.
SuFFOLK.
Adieu donc, madame ! Avez-vous des compliments pour le roi?
Marguerite.
Tous ceux qui conviennent à une jeune fille, à une vierge, et à sa servante.
Suffolk.
Voilà des paroles aussi aimables que modestes. Permettez-moi de vous importuner encore. Avez-vous un gage d'amour pour Sa Majesté?
Marguerite.
Je lui envoie un cœur sans tache et que l'amour n'a jamais effleuré.
Suffolk.
Et ceci avec.
{Il l'embrasse).
Marguerite.
Ceci est pour toi-même. Je n'oserais jamais envoyer à un roi un gage d'aussi peu d'importance !
{René et Marguerite sortent) .
Suffolk.
Oh! Si tu pouvais m'appartenir ! Contiens-toi Suffolk! Ne t'égare pas dans un labyrinthe où guettent des Minautaures et de hideuses trahisons! Jette le trouble dans le cœur de Heni-y en faisant de cette femme d'étonnantes louanges; pense aux vertus dont elle brille, à ses grâces naturelles dé-