ACTE V, SCÈNE IV
La Pucelle.
Vous vous trompez. Mon enfant n'est pas de Charles. C'est Alençon qui a su obtenir mon amour.
York.
Alençon ! Ce Machiavel notoire ! L'enfant mourra, eùt-il mille vies !
La Pucelle.
Laissez-moi en liberté, je vous ai trompé. Mon enfant n'est ni de Charles, ni du duc ! C'est René, roi de Naples, qui m'a séduite !
W.\RWIGK.
Un homme marié ! C'est plus intolérable encore !
York.
Quelle femme ! Il y en a tant qu'elle ne sait plus qui accuser !
Warwigk.
Preuve qu'elle a été généreuse et libertine.
York.
Et elle voudrait se faire passer pour une vierge ! Prostituée, tes paroles condamnent ton marmot et toi avec ! Ne cherche plus à nous attendrir, ce serait en vain !
La Pucelle.
' Alors emmenez-moi. Je vous maudis! Puisse le glorieux soleil ne refléter jamais ses rayons sur le pays que vous habitez! Que les ténèbres, l'ombre sinistre de la mort vous environnent ! Jusqu'à ce que le chagrin et le désespoir vous tordent le cou en vous entraînant à la potence !
{Elle sort suivie d'une escorte) .
York.
Consume-toi et tombe en morceaux, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que des cendres, ministre maudit de l'enfer! {Entrent le CARDINAL, BEAUFORT et sa suite). Le Cardinal.
Lord régent, je salue votre Excellence, et j'apporte des lettres de commission du roi. Sachez, railord, que les Etats de la Chrétienté, pris de compassion à l'aspect de ces regrettables querelles, implorent une paix générale entre notre nation et l'ambitieuse France. Le Dauphin et sa suite approchent, ahn de conférer relativement à certaines questions.
York.
Nous serons-nous donné tant de mal pour aboutir à un pareil résultat? Après le massacre de tant de pairs, de tant de capitaines, de tant de gentilshommes, de tant de soldats qui, dans ce conflit, ont été renversés et ont payé de leurs vies les avantages remportés par leur pays, en serions-nous réduits à conclure une paix efféminée? N'avons-nous pas perdu, par la trahison, le manque de bonne foi, la traîtrise,
la plupart des villes que nos illustres aïeux avaient conquises ? 0 ! Warwick ! Warwick ! C'est avec douleur que je prévois la perte de tout le royaume de France ! Warwick.
Soyez calme, York. Si nous concluons une paix, ce sera dans des conditions si sévères que les Français y gagneront peu de chose.
{Entrent CHARLES et sa suite, ALENÇON, LE BATARD, RENE et autres). Charles.
Lords d'Angleterre, puisqu'il est convenu qu'une trêve doit être proclamée en France, nous venons vous demander quelles doivent être les conditions de cette ligue. York.
Parlez, Winchester, car une bouillante colère me prend à la gorge à la vue de ces ennemis mortels. Winchester.
Charles, et vous tous, voici ce qui a été convenu. En considération du consentement du roi Henry, désireux par compassion, bonté d'âme, de soulager votre pays d'une guerre désastreuse et de vous laisser respirer au milieu d'une paix fructueuse, vous deviendrez les vassaux loyaux de sa couronne. Toi, Charles, à cette condition que tu jureras de lui payer tribut et de te soumettre, tu auras le titre de viceroi sous son autorité, mais sans rien perdre de ta dignité royale. '
Alençon.
Peut-il consentir à n'être que l'ombre de lui-même ? Peut-il ornei' son front d'une couronne et ne posséder d'autre autorité que celle que l'on conférerait à un homme quelconque? La proposition est absurde et déraisonnable ! Charles.
Je possède plus de la moitié du territoire français, j'y suis honoré comme un roi légitime. Pour le gain d'une portion non conquise il me faudrait renoncer à toute prérogative et n'être plus que le vice-roi du territoire entier? Non, lord ambassadeur. Je préfère garder ce que j'ai que renoncer à la possibilité de ravoir le tout en convoitant davantage.
York.
Insolent I Tu as, par des intrigues secrètes, cherché le moyen de signer une alliance, et maintenant que nous cherchons un compromis tu te retranches derrière des comparaisons ? Accepte le titre que tu usurpes comme un avantage que notre roi veut bien t'abandonner, et non comme une compensation à ton mérite I Sinon, pour te châtier, nous te combattrons sans cesse !