SCENE II
Devant le Château de Glocester.
Entrent KENT et L'INTENDANT.
L'Intendant.
Bonne matinée, ami. Es-tu de cette maison?
Kent.
Oui.
L'Intendant.
Où pouvons-nous mettre nos chevaux ?
Kent.
Dans la boue.
L'Intendant.
Je t'en prie, si tu m'aimes, dis-le moi.
Je ne t'aime pas.
L'Intendant.
Alors, je ne me soucie pas de toi.
Kent.
Si je te tenais dans la bergerie de Lipsbury - tu t'en soucierais davantage.
i. ... threading darh-eye'd night. Le mot à mot est intraduisible.
2. L'allusion est incompréhensible pour le commentateur Johnsou. Farmer suppose qu'il s'agit d'une phrase argotique. Kent ecorclicrait le nom d'un lieu où les redevances étaient arbitraires.
L'Intendant.
Pourquoi me traites-tu de la sorte? Je ne te connais pas.
Kent.
Moi je te connais.
L'Intendant.
Et pour qui me connais-tu?
Kent.
Pour un fripon, un coquin, un ramasseur de miettes, un être vil, un orgueilleux, un imbécile, un mendiant, un homme à trois habits*, un drôle à cent livres", un misérable portant des bas de laine 3, un poltron*, un couard à poursuites^, un fils de putain, un reflet de miroir, un flatteur, un faquin, un héritier de culottes percées, un de ces hommes qui cherchent à devenir entremetteurs, à force de rendre des services, et qui ne sont rien qu'un composé de valets, de mendiants, de peureux, de complaisants I le fils et l'héritier d'une chienne métis! un polisson que je battrai jusqu'à ce qu'il pousse des hurlements, si tu nies la moindre syllabe de tes titres^.
i. ... Three-suited. On a longuement discuté sur le sens de ces deux mots. Peut-être, à l'époque de Shakespeare, où le luxe des habits dépassait toute mesure, un homme n'en possédant que trois pouvait-il être considéré comme un rustre. Dans la Femme Silencieuse, Ben Jonson emploie le terme dans ce sens. <i...wert apitiful fellow, and hadst nothing but three suits of apparel ». Peut-être encore faut-il entendre par un three-suited un homme trois fois poursuivi pour dettes. Peut-être enfin un homme achetant ses kabits de troisième main.
2. ... hundred-poimd.Tervaedemépns. Pourquoi? Ceci est encore un problème. L'expression est employée par Middleton dans une pièce intitulée Le Phœnix et datant de 1607.
3. Sous le règne de la reine Elisabeth (voir VAnatoraie des Abus, de Stubb) les bas étaient un luxe. Stubb nous apprend que les gens dont les gages ne s'élevaient qu'à quarante shellings par an, portaient des bas de soie. Les auteurs du temps confirment ce dire.
Dans une vieille comédie de Tailor, datant de 161i, et intitulée : The Hog hath lost its Pearl, se trouve cette phrase : « ... Good parts are no more set by in thèse times, than a good leg in a tfooUen stochiyig, »
Dans le Capitaine de Beauraont et Fletcher :
Green sichnesses and serving-yncn light on you, With greasj/ breeches, and in woolle-stockings.
Dans les Misères' d'un mariage forcé (1607) deux jeunes gens viennent réclamer leur part d'héritage à un frère aîné qui est un dissipateur et lui disent : « Our birth right, good brother -. this toum Graves muintenance ; silk stochings niust be had » etc., etc.
*. ... A lily-Uvered. Un homme à foie blanc.
5. ... Action taliing hnave. Un drôle (jui, si vous le battez, au lieu de vous répondre vous poursuivra en justice.
6. ... The least syllablc of thy addition. D'après un statut établi par Henry \, dans certains écrits, an nom du signataire devaient être ajoutés son état de fortune, sa profession, etc., etc. C'est ce que l'on appelait addition.