‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 29 sur 414 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

L'Intendant.

Quel monstre d'individu peux-tu bien être pour m'injurier de la sorte, moi que tu ne connais pas et qui ne te connais pas davantage !

Kent.

Quel valet à face d'airain es-tu pour affirmer que tu ne me connais pas? II y a deux jours, ne t'ai-je pas culbuté et battu en présence du roi? Dégaine, maroufle! Il fait nuit, mais la lune brille ! Je veux qu'on voie la lune à travers ton corps*! Dégaine, petit maître, putassier, couillon! L'Intendant.

Arrière ! Je n'ai rien à faire avec toi.

Kent.

Dégaine, maraud I Ah ! tu viens avec des lettres contre le roi ! Ah ! tu prends le parti de la poupée Vanité pour insulter à la royauté de son père! Dégaine, chien, ou je vais faire une carbonade de tes jambes! Dégaine, drôle! En garde! L'Intendant.

Au secours! Au meurtre! Au secours!

Kent, le battant.

Défends-toi, misérable! Félon, manant! esclave, véritable esclave !

L'Intendant.

Au secours! Au meurtre! A l'assassin!

[Entrent EDMOND, CORNOUAILLES, RÉGANE, GLO- CESTER et des Serviteurs).

Edmond.

Eh bien! Qu'y-a-t-il? Séparez-vous.

Kent, A vous, jeune homme, s'il vous plaît! Venez, je vais vous égratigner! Venez, jeune maître!

Glocester.

Des épées! Des armes! Que se passe-t-il?

CORNOUAILLES

Taisez-vous, sur vos vies ! Le premier qui frappe est mort. Qu'y-a-t-il?

Ce sont les messagers de notre sœur et du roi.

CORNOUAILLES

En quoi consiste le différend ? Parlez.

L'Intendant.

C'est à peine si je puis respirer, milord.

Kent.

Parbleu ! Après tant de preuves de valeur ! Coquin de pol-

1. En Angleterre, on disait encore au dix-huitième siècle : « Faire briller le ciel à travers quelqu'un ».

tron, la nature te désavoue! C'est un tailleur qui t'a confeolionné I

CORNOUAILLES

Tu es un étrange compagnon. Un tailleur confectionner un homme?

Kent.

Oui, monsieur, un tailleur. Un sculpteur ou un peintre ne l'auraient pas fait si vilain, n'eussent-ils employé que deux heures à cette besogne I

CoRNOUAILLES.

Parle encore. Gomment a commencé votre querelle ?

L'Intendant.

Ce vieux rufien, monsieur, dont j'ai épargné la vie, à cause de sa barbe grise...

Kent.

Sale Z! Lettre inutile M Milord, si vous le permettez, je vais faire de ce drôle sans éducation un mortier dont je barbouillerai les murs des latrines ! Toi, épargner ma barbe grise ! Espèce de hochequeue !

Paix, mordieu ! Sorte de brute, avez-vous perdu toute notion de respect ?

Kent.

Non, monsieur, mais la colère a ses privilèges.

CORNOUAILLES

Pourquoi êtes-vous en colère ?

Kent.

Je le suis de voir un pareil coquin porter une épée et s'en sei-vir si honteusement ! Ces fourbes souriants sont des rats qui rongent les liens sacrés qui unissent les pères et les enfants, ces liens étant trop serrés pour qu'on les dénoue I Ils flattent toutes les passions qui se révoltent, mettent de l'huile sur le feu, de la neige sur les plus froids sentiments, nient, affirment et tournent leurs becs d'alcyon- à tous les vents du caprice de leurs maîtres I Ce sont des chiens qui ne savent que suivre! La peste soit de ces visages épileptiques! Vous souriez à mes discours comme si j'étais un fou? Espèce

■1. Le Z était considéré par plusieurs grammairiens du temps, comme une lettre inutile, pouvant être remplacée par un S. Barret, qui date de 1580, ne fait pas mention du Z.

2. L'Alcyon est l'oiseau que l'on appelait autrefois le roi-pècheur Uihifj-fîsher). D'après l'opinion du vulgaire il volait toujours dans la direction du vent, et montrait ainsi d où il soufflait. Dans le Juif iXe Malte, de Marlowe, on lit ces deux vers : But how noio stands the loindl Into what oomcr peers iny halcyon's billl

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