‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 329 sur 414 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Warwick.

Je vais occuper Londres avec raes soldats.

Norfolk.

Et moi je me rends à Norfolk, avec mes compagnons.

MONTAGUE

Et moi je reprends la mer.

(York et ses fils, Warwick, Norfolk, Montagne, les soldats et les gens de la suite sortent). Moi, je rejoins la Cour avec mon chagrin et ma douleur! {Entrent la REINE MARGUERITE et le PRINCE DE GALLES).

EXETER

Voici la reine dont le regard trahit la colère. Je m'échappe.

Le Roi Henry, sortant.

Moi aussi, Exeter.

Marguerfie.

Ne me fuis pas, je te suivrais !

Le Roi Henry.

Sois patiente, ma chère femme, et je resterai.

Marguerite.

Qui pourrait être patient dans une telle extrémité! Ah! misérable! Que ne suis-je morte quand j'étais jeune fille! Je ne t'aurais jamais connu, jamais je n'aurais porté ton fils, jamais je n'aurais constaté à quel point tu es un père dénaturé ! Qu"a-t-il fait pour être dépouillé de tous les droits qu'il tenait de naissance ? Si tu l'avais aimé moitié autant que moi, si tu avais pris autant de peine à l'élever, si tu l'avais nourri de ton sang, tu aurais versé ici le plus cher du tien, avant de consentir à faire ton héritier ce méchant duc et à dépouiller ton fils unique !

Le Prince.

Père, vous ne pouvez pas me déshériter. Si vous êtes roi, pourquoi ne vous succéderais-je pas?

Le Roi Henry.

Pardonne-moi, Marguerite. Pardonne-moi, cher fils. Le comte de Warwick et le duc m'y ont obligé.

MARGUERrrE.

Obligé! Tu es roi et l'on t'oblige à faire quelque chose! Je rougis de honte à t'entendre parler ! Misérable timoré ! Tu nous as tous perdus, toi, ton fils et moi I Tu as donné à la maison d'York une telle autorité que tu ne régneras plus sans son consentement ! En léguant la couronne à York et à ses héritiers, tu as tout simplement creusé ta tombe pour y reposer avant l'heure! Warwick est chancelier et maître de Calais; le farouche Fauconbridge commande sur le détroit ; le duc est nommé Protecteur du royaume, et tu serais en

sûreté? Comme l'agneau tremblant au milieu des loups! Si j'avais été là, moi, une simple femme, leurs soldats m'auraient transpercée de leurs piques avant d'obtenir une pareille renonciation ! Mais tu as préféré ta vie à ton honneur. Dans ces conditions je suis décidée à ne plus partager ni ta table, ni ton lit, jusqu'à ce que soit annulé l'acte du Parlement qui dépossède mon fils ! Les seigneurs du Nord qui ont renié tes étendards suivront les miens quand ils les verront flotter, et ils flotteront, à ta honte et pour la ruine de la maison d'York 1 Sur ce je te quitte. Viens, mon filSj partons. Notre armée est prête, nous allons la rejoindre. Le Roi Henry.

Arrête, chère Marguerite, et écoute-moi.

Marguerite.

Tu en as déjà trop dit. Va-t'en.

Le Roi Henry.

Mon cher fils Edouard, ne demeureras-tu pas avec moi ?

Marguerite.

Pour que ses ennemis le tuent?

Le Prince.

Quand je reviendrai victorieux du champ de bataille, je verrai votre Grâce. Jusque-là je suivrai ma mère. Marguerite.

Viens, mon fils. Voilà trop longtemps que nous sommes ici. {La reine Marguerite et le Prince sortent). Le Roi Henry.

Pauvre reine t Comme elle m'aime et comme elle aime son fils ! Au point d'éclater de colère I Puisse-t-elle se venger de ce duc haïssable dont l'esprit hautain, exalté par l'ambition, plane sur ma couronne. Comme un aigle affamé, il cherche à se nourrir de ma chair et de celle de mon fils 1 La désertion de ces trois lords tourmente mon cœur*. Je vais leur écrire et les solliciter amicalement. Venez, cousin, vous me servirez de messager.

Et, je l'espère, je vous les ramènerai tous.

•• f ' J (^jig sortent).

i. Northumberland, Westmoreland et Clifford, qui l'ont abandonné par dègoât.

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