‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 338 sur 414 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

impose point, reine orgueilleuse, à moins que tu veuilles confirmer l'adage : les mendiants qui montent à cheval galopent à faire crever leurs chevaux. C'est de leur beauté que les femmes sont fières; Dieu sait si la tienne est médiocre ! C'est pour leur vertu qu'on les admire ; tu étonnes par tes vices ! C'est la pudeur qui les rend divines ; tu en manques au point d'être abominable! Tu es l'opposé de tout ce qui est bien, comme l'antipode l'est de nous, le sud du septentrion ! 0, cœur de tigresse dans un corps de femme ! Comment peux-tu prendre le sang d'un enfant, dire à son père de s'en essuyer les yeux, et conserver un visage de femme ? Les femmes sont bonnes, douces, pitoyables, sensibles ; tu es mauvaise, inflexible, sans pitié, sans remords. Tu voulais me voir en colère ; te voilà satisfaite. Tu voulais me voir pleurer; je pleure ! Les vents impétueux charrient les ondées incessantes ; mais quand ils s'apaisent, la pluie se met à tomber. Ces pleurs sont les obsèques de mon doux Rutland, et chaque larme crie vengeance contre toi, cruel Clifford, et toi, perfide Française !

NORTHUMBERLAND

Malheur sur moi ! Sa douleur m'émeut et je retiens difficilement mes larmes !

York.

Des cannibales affamés n'eussent pas touché le visage de cet enfant, ne l'eussent pas coloré d'une goutte de sang ! Mais vous êtes plus inhumains, plus inexorables — oh I dix fois plus! — que les tigres de l'Hyrcanie! Repais-toi, reine impitoyable, des larmes d'un père désespéré ! Ce linge que tu as trempé dans le sang de mon pauvre enfant, je l'ai lavé avec mes larmes, prends-le et glorifie-t'en. {Il lui rend le mouchoir). Si tu racontes exactement cette triste histoire, sur mon âme, tes auditeurs pleureront. Mes ennemis euxmêmes verseront des larmes et diront : Hélas ! ce fut une bien vilaine action I Reprends cette couronne. Avec elle je te donne ma malédiction. Puisses-tu, dans ton malheur, trouver autant de consolations que m'en prodigue à cette heure ta main trop cruelle ! Clifford, au cœur implacable, fais-moi disparaître de ce monde. Mon âme au ciel, mon sang sur vos têtes !

NORTHUMBERLAND

Eùt-il été le bourreau de toute ma famille, sur ma vie, je ne pourrais m'erapêcher de pleurer à la vue du profond chagrin qui lui torture l'âme !

Marguerite.

Quoi, des larmes, railord Northumberland ? Pensez au mal qu'il nous a fait, vos pleurs d'attendrissement seront vite séchés.

Clifford, le poignardant.

Voilà pour accomplir mon serment. Voilà pour la mort de mon pèrei!

Marguerite, le poignardant.

Et voilà pour venger notre bon roi !

York.

Dieu miséricordieux, ouvre-moi les portes de la grâce ! Par ces blessures mon âme s'échappe et s'envole vers loi !

(Il meurt).

Marguerite.

Coupez-lui la tête et placez-la sur les portes d'York. Ainsi York dominera la ville d'York.

[Ils sortent).

FIN DU PREMIER ACTE

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