‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 340 sur 414 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

il succombait au chagrin, elle lui a cruellement présenté, pour qu'il en essuyât ses joues, un mouchoir trempé dans le sang du jeune Rutland, tué par l'impitoyable Glifford. Enfin après maints outrages, maints aiîronts, ils lui ont coupé la tête pour l'exposer sur les portes de York. Elle y est encore. C'est le plus triste spectacle auquel j'aie jamais assisté ! Edouard.

Cher duc d'York, tu étais notre soutien et nous demeurons sans appui l 0 Clitrord, implacable Glifford, tu as détruit la fleur de la chevalerie d'Europe ! C'est par trahison que tu l'as vaincu ; dans un combat singulier, c'est lui qui t'aurait terrassé ! Maintenant le palais de mon âme en est devenu la prison ! Si elle pouvait s'en échapper! Simon corps pouvait reposer en repos ! Plus jamais je connaîtrai la joie; elle est à jamais perdue pour moi! Richard.

Je ne peux pas pleurer! Toutes les larmes de mon corps ne sauraient éteindre la fournaise de mon cœur ! Ma langue est incapable d'alléger le cœur du fardeau qui l'écrase ! Le souffle de mes paroles attiserait les charbons qui me brûlent la poitrine, activerait des flammes que mes larmes voudraient éteindre ! Pleurer, c'est rendre le chagrin moins profond. Laissons donc les larmes aux enfants. A moi les coups de la vengeance ! Richard, je porte ton nom, je vengerai ta mort ou je mourrai avec la gloire de l'avoir tenté ! Edouard.

Ce vaillant duc t'a laissé son nom; il me laisse à moi son duché et son siège.

Richard.

Si tu es vraiment l'aiglon de cet aigle, prouve ta descendance en regardant le soleil en face ^. Ce n'est pas son siège et son duché qu'il faut dire, mais son trône et son royaume. Ou ils t'appartiennent, ou tu n'es pas son fils.

[Marche. Entrent WARWICK et MONTAGUE, avec des forces).

Warwick.

Eh bien, mes beaux seigneurs? Où allez-vous? Quelles nouvelles du dehors?

Richard.

Grand lord de Warwick, s'il fallait vous répéter les tristes nouvelles que nous avons apprises, et à chaque mot nous

i. La même expression se trouve dans YHymyie à la beauté du ciel, de spencer :

... lihc the native brood of eagle^s Mnd, In that bright sun of glory flx thine eyes.

porter un coup de poignard, jusqu'à ce que tout fut dit, les mots nous causeraient plus d'angoisses que les blessures. Vaillant lord, le duc d'York a été assassiné ! Edouard,

0 Worwick ! Warwick ! Le Plantagenet qui t'aimait comme la rédemption de son âme a été tué par le cruel lord Clifîord ! Warwick.

11 y a dix jours, j'aurais noyé la nouvelle dans les larmes; aujourd'hui, il me faut vous apprendre des choses qui se sont passées depuis, et vont combler la mesure de vos chaj:rins. Après la sanglante bataille de Wakefield, où votre vaillant père a rendu le dernier soupir, j'ai reçu, au galop d'un courrier, la nouvelle de votre perte et de sa mort. J'étais alors à Londres, tenant le roi sous ma garde. J'ai lùîssemblé mes soldats, réuni des amis, et, bien soutenu (je le croyais du moins), marché sur Saint-Albans pour ni'op- ] oser à la fuite de la reine, qui emmenait le roi, afin de conserver plus d'autorité ; car mes éclaireurs m'avaient averti qu'elle venait avec la ferme intention de révoquer le dernier décret du Parlement, relatif au serment du roi Henry et à \otre succession. Pour abréger, nous nous sommes rencontrés à Saint-Albans, nos armées en sont venues aux prises et des deux côtés l'on s'est bravement battu. L'attitude du roi, jetant des regards complaisants sur sa femme guerrière a-t-elle influencé le courage de mes soldats? La nouvelle du succès de la reine leur en a-t-elle imposé? Faut-il s'en prendre à la peur que causaient les rigueurs de GlifTord, ne parlant à ses prisonniers que de sang et de mort? Je ne sais. La vérité est que leurs armes brillaient en tout sens, pareilles à l'éclair; tandis que celles de nos soldats rappelaient le vol paresseux des hiboux nocturnes, ou l'indolent fléau du batteur s'abattant mollement, comme sur des amis. Je cherchai à les ranimer en vantant la justice de notre cause, en leur promettant une haute paye, de grandes récompenses, ce fut en vain ; ils n'avaient pas le cœur à combattre, et nous désespérant de la victoire, nous avons fui : le roi pour retrouver la reine, lord George votre frère, Norfolk et moi pour vous rejoindre. Nous savions que vous étiez ici, dans les Marches, rassemblant d'autres troupes pour recommencer le combat.

Edouard.

Où est le duc de Norfolk, gentil Warwick? Et quand George est-il revenu de Bourgogne en Angleterre? Warwick.

Le duc est avec ses soldats, à peu près à six milles d'ici ; quant à votre frère, la duchesse de Bourgogne, votre tante.

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