SCÈNE III
Un champ de bataille entre Towton et Saxton, dans le Yorkshire*.
Alarme. Mouvements de troupes. Entre WARWICK.
Warwick.
Harassé de fatigue comme un coureur après la course, je vais m'asseoir pour respirer un peu. Les horions reçus et les coups rendus ont privé mes muscles de leurs forces et, en dépit de mon dépit, je sens le besoin de me reposer quelque temps.
{Entre EDOUARD, en courant).
Souris, gentil ciel I ou frappe méchante morti car ce monde est triste et le soleil d'Edouard est couvert de nuages. Eh bien, milord? Que se passe-t-il ? Qu'espère-t-on de bon? {Eîitre GEORGE).
George.
Notre sort est le désastre, notre espérance un sombre désespoir. Nos rangs sont forcés et la ruine nous suit. Quel conseil donnez-vous? Où fuir?
Edouard.
Il est inutile de fuir, ils nous suivent avec des ailes. Faibles comme nous le sommes, nous ne saurions leur échapper^. {Entre RICHARD).
Richard.
Ah ! Warwick, pourquoi t'es-tu éloigné, toi aussi ! La terre altérée a bu le sang de ton frère qu'a fait couler la pointe acérée de la lame de Clifford. Dans les convulsions de la mort il criait d'une voix lugubre semblant venir de loin : Warwick, venge-moi I Frère^ venge ma mortl Et sous le ven-
1. L'auteur, intentionnellement sans doute, à fondu ici trois actions en une seule. Le roi Edouard a fait un récit de cette bataille, et publié la liste des nobles et des chevaliers qui y trouvèrent la mort. Ce récit se trouve dans la collection de John Fenn, intitulé : The Paston Letters. (Vol. I., p, 216, etc.).