‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 365 sur 414 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

Marguerite.

Plus nous attendrons, plus l'ennemi deviendra fort.

Le Roi Louis.

Plus j'attendrai, plus les secours dont je pourrai disposer seront puissants.

Marguerite.

L'impatience accompagne le véritable chagrin. Regarde, voici venir l'initiateur de mes maux.

{Entrent WARWICK et sa suite).

Le Roi Louis.

Qui vient si hardiment en notre présence?

Marguerite.

Le Comte de Warwick, le plus grand ami d'Edouard.

Le Roi Louis.

Soyez le bienvenu, brave Warwick. Qui t'amène en France? (Le roi descend de son trône, Marguerite se lève) . Marguerite.

Une seconde tempête va se lever, car c'est lui qui fait le vent et les marées.

Warwick.

Porteur de témoignages d'affection et de sincère amour, je viens de la part du grand Edouard, roi d'Albion, mon seigneur et souverain et ton ami juré, d'abord pour te présenter les compliments de sa royale personne, ensuite pour te demander une alliance d'amitié, enfin pour confirmer cette amitié par un nœud nuptial, si tu consens à ce que la vertueuse dame Bonne, ta jolie sœur, devienne l'épouse légitime du roi d'Afigleterre.

Marguerite.

Si cela a lieu, Henry n'a plus d'espérance !

Warwick, à Bonne.

Gracieuse dame, au nom de notre roi je suis chargé, avec votre permission, de vous baiser humblement la main et de vous exprimer la passion qui a envahi le cœur de notre souverain, où la renommée, passant par son oreille attentive, a évoqué votre beauté et votre vertu.

Marguerite.

Roi Louis, et vous, dame Bonne, écoutez-moi, avant de répondre à Warwick. Ce n'est pas un amour honnête et loyal qui a dicté cette^ demande à Edouard, mais une ruse provenant de la nécessité. Comment, en effet, des tyrans gouverneraient-ils en sûreté, s'ils ne s'appuyaient pas à l'extérieur sur de puissantes alliances ? Pour démontrer sa tyrannie, un exemple suffit : Henry vit encore et, seraitil mort, le prince Edouard que voilà, demeurerait son fils. Veille donc, Louis, par cette alliance et ce mariage, à ne pas attirer sur toi le danger et le déshonneur. Les usur-

pateurs peuvent faire un moment la loi, mais le ciel est juste et le temps vient à bout de l'iniquité < Warwick.

Injurieuse Marguerite I

Le Prince.

Pourquoi ne l'appelez-vous pas reine r

Warwick.

Parce que ton père était un usurpateur et que tu n'es pas plus prince qu'elle est reine.

Oxford, Alors Warwick annule le grand Jean de Gand qui a soumis la plus belle partie de l'Espagne? Après Jean de Gand, Henry le quatrième, dont la sagesse servait de miroir aux plus sages ? Après ce remarquable prince, Henry le cinquième qui, par sa vaillance, a conquis la France CTitière ï C'est d'eux que descend directement Henry. Oxford, comment se fait-il que, dans ce mielleux discours, vous oubliiez de dire la façon dont Henry le sixième a perdu tout ce qu'avait gagné Henry le cinquième? Peut-être les pairs de France souriraient-ils à vous entendre? Mais passons. Vous racontez une généalogie de soixante-deux ans , c'est bien peu pour établir la prescription d'une royauté- Oxford.

Eh quoi, Warwick, peux-tu parler contre un souverain, dont tu as été le sujet obéissant pendant trente-six années, sans qu'une rougeur dénonce ta trahison! Warw'ick.

Oxford, qui a toujours combattu pour le bon droit, se retrancherait- il aujourd'hui derrière une fausse généalogie? Par pudeur, laisse Henr)- et appelle Edouard du nom de roi. Oxford.

L'appeler roi ! Lui qui a injustement mis à mort mon frère aîné, lord Aubrey Vere ? Bien plus, qui a fait périr mon père au déclin de ses vieux jours, quand la nature le mettait aux portes de la mort? Non, Warwick, non. Tant que ce bras sera vivant, il défendra la maison de Lancastre. Warwick- Et moi la maison d'York.

Le Roi Louis.

Reine Marguerite, prince Edouard et vous, Oxford, veuillez, sur notre requête, vous tenir à l'écart, pendant que je conférerai plus longuement avec Warwick.

Marguerite.

Veuille le ciel que les paroles de Warwick ne l'ensorcèlent pas I

{Elle se retire avec le Prince et Oxford),

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