ACTE III, SCÈNE ill 47 i
lant la patience I Est-ce ainsi qif il compte s'allier avec la France? A-t-il la présomption de supposer qu'il nous injuriera de cette manière?
Marguerite.
Que disais-je à Votre Majesté? Voilà une preuve del'amour d'Edouard et de l'honnêteté de Warwick.
Warwick.
Roi Louis, je jure à la face du ciel, par mon espoir en la bonté céleste, n'être pour rien dans la vilaine action d'Edouard. Puisqu'il me déshonore ainsi, il cesse d'être mon roi. Il se trouverait plus déshonoré que moi s'il pouvait se rendre compte de son infamie! J'avais oublié que, par la maison d'York, mon père fût mis prématurément à mort, l'outrage fait à ma nièce*; j'avais privé Henry de ses droits, et j'en suis honteusement récompensé ! Honte sur lui-même, car j'ai toujours droit à l'honneur! Pour réparer cet honneur outragé par lui, je le récuse et retourne à Henry. Ma noble reine, oublie tes rancunes passées et je deviens ton dévoué serviteur. Je jure de venger l'affront fait à dame Bonne et de restaurer Henry dans son ancien pouvoir.
Marguerite.
Warwick, tes paroles vont transformer ma haine en amour! J'oublie, je pardonne les anciennes fautes et me réjouis de te voir l'ami du roi Henry. Warwick.
Et son ami sincère. A tel point que si le roi Louis consent à mettre à notre disposition quelques compagnies de soldats d'élite, je m'engage à les débarquer sur nos côtes et, confiant dans la bataille, à renverser le tyran de son trône. Ce n'est pas sa nouvelle épouse qui pourra le secourir. Quant à Clarence, d'après les lettres que je reçois, il est sur le point de l'abandonner, après ce mariage encouragé par la débauche, en dépit de l'honneur, de la puissance et de la sécurité de notre patrie !
Bonne.
Cher frère, le seul moyen de venger Bonne est de prêter secours à cette malheureuse reine.
Marguerite.
Prince renommé, comment vivra Henry si tu l'abandonnes dans son désespoir?
Bonne.
Macause et celle de la reine d'Angleterre ne font plus qu'une.
4. Le roi Edouard, dans la maison du comte de Warwick, tenta de deshonorer sa nièce. D'autres disent sa fille.
Warwick.
Et la mienne, jolie dame Bonne, se confond avec la vôtre.
Le Roi Louis.
Et la mienne avec toutes les vôtres. Je suis donc résolu à vous prêter secours.
Marguerite.
Laissez-moi vous remercier humblement.
Le Roi Louis.
Messager d'Angleterre, retourne et dis au faux Edouard, ton roi supposé, que Louis de France lui enverra des masques pour danser avec lui et sa nouvelle épouse. Tu as vu ce qui s'était passé, va faire trembler ton roi en le lui racontant.
Bonne.
^ Dis-lui que dans l'espoir où je suis qu'il deviendra bientôt veuf, je porterai une guirlande de saule à son intention. Marguerite.
Dis-lui aussi que je quitte mes habits de deuil et suis prête à revêtir l'armure.
Warwick.
Ajoute que pour l'outrage qu'il m'a infligé, je le détrônerai avant qu'il soit longtemps. Voici ta récompense ^ .Va-t'en .
{Le messager sort).
Le Roi Louis.
Toi, Warwick, et Oxford, vous traverserez la mer avec cinq mille hommes pour livrer bataille au fourbe Edouard. Quand l'occasion s'en présentera, cette noble reine et le prince vous suivront avec des troupes fraîches. Avant de partir, dissipe un doute: quelle garantie nous donnes-tu de ton entière loyauté ?
Warwick.
Celle-ci : si notre reine et son jeune prince y consentent, j'unirai avec lui ma fille aînée, ma joie, par les liens sacrés du mariage^.
1. Il est à supposer que Warwick fait un présent au messager. C'était l'ancienne coutume, en effet, d'offrir un cadeau aux messa-
fers,quelles que fussent les nouvelles qu'ils apportassent. On lit dans histoire en vers de la bataille de Flodden :
Then gave he to the heraîd's hand, Besides, with it, a rich reward ; Who hastened to his native land To see hoiu with his King is far'd.
(Note de Steevens).
2. C'est une erreur historique. Edouard, prince de Galles, épousa Anne, seconde fille de Warwick.
Nous y trouvons une nouvelle preuve que Shakespeare n'est pas