‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 393 sur 414 · ACTE V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV

culer leurs pertes ; ils cherchent le moyen de les réparer. Qu'importe que le mât soit par-dessus bord, le câble brisé, l'ancre perdue, la moitié des matelots noyés dans les flots ! Le pilote vit encore. Convient-il qu'il quitte le gouvernail ? Que pareil à un jeune poltron, il pleure à faire monter la mer, ajoutant de la force à ce qui en a déjà trop, pour que, cependant, le vaisseau donne contre le rocher que son adresse et son courage auraient pu éviter? Quelle honte et quelle faute ce serait ! Vous dites que Warwick était notre ancre? Qu'importe? Que Montagne était notre màt? Après? Nos amis tués, nos poulies? Et puis? Oxford n'est-il pas un autre ancre? Somerset un autre màt? Nos amis de France ne sont-ils pas des voiles et des palans? Si peu habiles que nous soyons, Ned et moi, ne pouvons-nous pas, pour une fois, remplacer le pilote ? Ne craignez pas que nous abandonnions le gouvernail pour nous asseoir et pleurer. Nous poursuivrons notre course en dépit des vents furieux, sachant éviter les écueils et les rocs! Mieux vaut braver les vagues que chercher à les calmer par de belles paroles. Edouard n'est-il pas une mer impitoyable ? Clarence un sable mouvant? Richard un rocher fatal et déchiqueté? Tous autant d'ennemis coalisés contre notre pauvre barque ! Vous dites pouvoir nager? Combien de temps? Marcher sur le sable? Vous seriez bientôt enlizés. Gravir les rochers? Ou la marée vous enlèvera, ou vous mourrez de faim, ce qui est trois fois mourir. Si je m'exprime ainsi, milords, c'est afin de vous bien faire comprendre qu'il n'y a pas plus de pitié à espérei de ces trois frères que des vagues, des sables et des rochers. Courage, donc! Ce serait une faiblesse enfantine de déplorer et de vouloir éviter l'inévitable^ !

Le Prince. Les paroles d'une femme aussi vaillante donneraient du

i. Dans le quarto :

Marguerite.

Soyez les bienvenus en Angleterre, mes chers amis de France. Soyez les bienvenus aussi, Somerset et Oxford. Une fois de plus, nous avons déployé nos voiles au loin, et bien que nos cordages soient presque usés, Warwick, notre pilote, tué, c'est à nous d'y suppléer et de diriger les voiles pour nous assurer le repos. Ned et moi, comme le feraient de complaisants pilotes, pour une fois nous prendrons le gouvernail, et nous vous dirigerons à travers les passages dangereux où ont succombé nos amis.

11 n'y a pas, dit Malone, de passage prouvant d'une façon plus décisive que Lai^rcniière partie de la querelle des deux maisons d'York et de Lancastre et La vraie Tragédie du duc d'York, imprimées en 1609, furent la production de quelque écrivain précédant Shakespeare, et que La Seconde et la Troisième partie du roi Henry VI ne sont qu'une amplification de ces deux pièces.

Toute la tirade de Marguerite existe dans la pièce originale, en onze vers.

cœur au couard et le feraient combattre, fùt-il nu, contre un homme armé! Ce n'est pas que je doute de quelqu'un ici! Si je soupçonnais un lâche, il aurait la liberté de s'enfuir, de peur que, dans la situation où nous nous trouvons, sa lâcheté soit contagieuse ! S'il y a ici un homme qui tremble (Dieu nous en défende!), qu'il parte avant qu'on cherche à l'utiliser* !

Oxford.

Des guerriers trembleraient quand des femmes et des enfants donnent l'exemple d'un tel courage ! Ce serait une perpétuelle honte ! Valeureux prince, ton illustre aïeul ressuscite en toi ! Puisses-tu vivre longtemps pour l'imiter et renouveler ses exploits!

Que celui qui refuserait de combattre pour un tel enfant

aille se mettre au lit ! Et s'il se lève, que pareil à un hibou

en plein Jour, il scit un sujet d'étonnement et de moquerie 1

Marguerite.

Merci, gentil Somerset. Merci, cher Oxford.

Le Prince.

Acceptez les remerciements de celui qui ne possède pas autre chose.

{Entre wn MESSAGER).

Le Messager.

Préparez-vous, Edouard est ici, prêt à combattre. Soyez donc résolus.

Oxford.

Je m'y attendais. C'est sa tactique de faire hâte et de nous prendre à l'improviste.

Somerset.

Mais cette fois il sera déçu, nous sommes prêts.

Marguerite.

Mon cœur se réjouit à la vue de votre entrain.

Oxford.

Disposons-nous pour la bataille et ne bougeons plus.

{Marche. Entrent à distance le roi EDOUARD, CLA- RENCE, GLOCESTER et des troupes).

Le Roi Edouard.

Braves compagnons, là-bas est le bois épineux, qu'avec

i. Dans le quarto:

Le Prince.

S'il existe parmi nous (Dieu nous en préserve!) un homme ayant peur, qu'il parte avant la bataille, de crainte qu'au moment où l'on en aurait nesoin, il corrompe les autres et éloigne de nous les cœurs de nos soldats. Ce n'est pas à distance que je vous dirai de combattre! L'épée à la main, je me précipiterai au milieu des rangs les plus épais, j'isolerai Edouard de ses gardes, et, pied à pied, l'obligerai à céder, ou j'y laisserai mon corps en témoignage de ma valeur.

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