‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 40 sur 414 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

pas les dieux qui portent la foudre ! Je ne dirai rien sur ton compte à Jupiter, ce juge puissant! Corrige-toi quand tu le pourras ; amende-toi quand il te plaira. Je serai patient. Je puis demeurer avec Régane et mes cent chevaliers,

Pas ensemble, monsieur. Je ne vous attendais pas et ne suis pas prête à vous recevoir comme il convient. Ecoutez ma sœur, monsieur. Ceux qui comparent leur raison au dérèglement de votre esprit, trouvent une consolation à penser que vous êtes vieux et... D'ailleurs, elle sait ce qu'elle a à faire.

Lear.

Est-ce là bien parler?

Régane.

J'ose l'affirmer, monsieur. Quoi ! Cinquante hommes d'escorte, ce n'est pas assez? Pourquoi même vous en faut-il autant ? Un si monstrueux cortège est à la fois une dépense et un danger. Dans une maison, comment tant de gens soumis à deux autorités demeureraient-ils d'accord? C'est difficile, presque impossible.

GONERIL

Pourquoi n'avez-vous pas pour escorte ses serviteurs ou les miens?

Régane.

Pourquoi pas? S'ils se relâchaient nous pourrions exercer un contrôle sur eux. Si vous voulez venir avec moi (car maintenant je soupçonne un véritable danger) je vous conseille de n'en garder que vingt-cinq. Je ne puis en loger et n'en logerai pas davantage.

Lear.

Je vous ai tout donné !

Régane.

Il était temps I

Lear.

Je vous ai instituées mes gardiennes, mes dépositaires, mais j"ai fait cette réserve que je conserverais une suite de centhommes.Commentviendrais-je chez vous avec ving-cinq? Régane, n'était-ce pas convenu?

. Je vous le répète, je n'en logerai pas davantage. Ces méchantes créatures valent encore mieux que les plus méchantes ! Puisqu'il en existe de pires, elles ont droit à quelque éloge. (A Goneril). J'irai chez toi. Les cinquante hommes que tu m'accordes représentent le double des vingtcinq. J'en conclus que tu m'aimes deux fois plus que ta sœur.

GONERIL

Ecoutez-moi, milord. Quel besoin avez-vous de vingt-cinq hommes, de dix, de cinq, pour vous suivre dans une maison où deux fois autant de domestiques ont l'ordre de vous servir. Régane.

Qu'avez-vous besoin d'un seul ?

Lear.

Ne raisonnez pas le besoin. Les plus vils mendiants font un superflu de la plus petite chose. La nature ne permet pas plus qu'elle n'a besoin, et la vie de l'homme est aussi bon marché que celle de la bête. Tu es une dame, si l'unique luxe consistait à se tenir chaudement, la nature n'aurait pas besoin des luxueux vêtements que tu portes et qui te donnent à peine de la chaleur... Mais il y a le besoin véritable... Gieux donnez-moi la patience dont j'ai besoin !... Dieux qui me voyez ici, je suis un pauvre vieillard, accablé par le chagrin, l'âge, souffrant de l'un et de l'autre! Si vous excitez les cœurs de ces filles contre leur père, ne me rendez pas assez fou pour le supporter patiemment ! Donnez-moi une noble colère! Ohl ne permettez pas que des pleurs, ces armes de femmes, souillent mes joues! Furies dénaturées, je me vengerai si bien de vous deux que le monde entier!... J'accomplirai de telles choses!... Ce qu'elles seront, je l'ignore encore!... Mais elles répandront la terreur sur la terre! Vous vous imaginez que je vais pleurer? Non, je ne pleurerai pas... J'ai mille raisons de pleurer ! Mais ce cœur se brisera en cent mille morceaux, avant que je pleure! 0, Fou. je deviendrai fou 1

{Lear, Glocester, Kent et le Fou sortent).

Rentrons, il va y avoir de l'orage.

{Orage au lointain).

Régane.

Cette maison est petite. Le vieillard et ses gens n'y seraient point à l'aise.

GoNERIL.

C'est sa faute, s'il se prive lui-même de repos. Il est nécessaire qu'il se ressente de sa folie. Régane.

S'il avait été seul, je l'aurais volontiers reçu, mais pas un des gens de sa suite.

Goneril.

J'en aurais fait autant. Où est milord de Glocester ? {Rentre GLOCESTER).

CORNOUAILLES

Il a suivi le vieillard... Le voici qui revient.

Le roi est furieux.

Où va-t-il ?

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