SCENE VII
Londres. Dans le Palais.
LE ROI EDOUARD est assis sur son trône. LA REINE ELISABETHaveclejeune PRINCE, CLARENCE, GLOCESTER, HASTINGS ET d'autres l'entourent.
Le Roi Edouard.
Une fois de plus nous nous asseyons sur le trône d'Angleterre, racheté avec le sang de l'ennemi. Quels vaillants adversaires nous avons fauchés, comme blé d'automne, quand ils étaient au sommet de leur orgueil ! Trois ducs de Somerset, champions trois fois illustres et indiscutablement redoutables ; deux ClifFord, le père et le fils; deux Northumberland, les plus braves soldats qui aient jamais éperonné leurs coursiers au son de la trompette; deux ours redoutables, Warwick et Montagne, qui, dans leurs chaînes, rete-
naient le lion royal, et faisaient trembler la forêt de leurs rugissements. Ainsi avons-nous écarté toute crainte de notre trône, nous faisant un marchepied de notre sécurité. Approche, Bess, je veux embrasser mon fils. C'est pour toi, jeune Ned, que tes oncles et moi-même, avons veillé en armes durant les nuits d'hiver, marché dans la brûlante chaleur de l'été. Un jour tu pourras entrer tranquillement en possession de la couronne et bénéficier de nos travaux. Glogester, à part.
Moisson que je détruirai quand tu n'auras plus ta tête, car je ne compte péts encore dans ce monde ! Si mon épaule est forte, c'est pour soutenir un poids, dussé-je me rompre les reins! {Désignant sa tête). Montre le chemin. {Désignant son bras). Tu seras l'exécuteur !
Le Roi Edouard.
Clarence, Glocester, aimez ma jolie reine et venez embrasser Totre princier neveu.
Clarence.
Le dévouement que je porte à Votre Majesté, je le scelle sur les lèvres de ce cher enfant !
Merci, noble Clarence. Merci, digne frère.
Glocester.
Que le baiser que je donne au fruit témoigne de mon amour pour l'arbre qui lui a donné naissance. {A part). C'est ainsi que Judas embrassait son maître en disant: Je te salue, quand il pensait: Malheur à toi!
Le Roi Edouard.
Je suis arrivé au comble de mes vœux. Mon pays est en paix et je suis aimé de mes frères.
Clarence.
Qu'est-ce que votre Grâce entend faire de Marguerite ? René, son père, a donné en gages, au roi de France, les Siciles et Jérusalem, et nous a transmis le prix de sa rançon. Le Roi Edouard.
Qu'on la renvoie et qu'elle aille en France. Maintenant il ne nous reste plus qu'à passer le temps en représentations, spectacles comiques, convenant aux plaisirs d'une Cour. Car aujourd'hui, je l'espère, commence une joie durable.