‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 75 sur 414 · ACTE IV, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VI

prenne et que le trouble de ma vue me fasse tomber la tête en avant ^.

Glocbster.

Mettez-moi à votre place.

Edgab.

Donnez-moi la main. Vous voilà maintenant à un pied de l'extrême bord. Pour tout ce qui est sous la lune, je ne voudrais pas m'élancer.

Glocester.

Lâche-moi la main. Ami, voici une autre bourse; elle renferme un joyau dont peut se contenter un pauvre homme. Que les fées et les dieux t'en fassent un talisman ! Maintenant, recule, dis-moi adieu et que je t'entende partir. Edgar.

Adieu, mon bon monsieur.

{Il fait semblant de partir).

Glocester.

Merci de tout mon cœur.

Edgar, à part.

Si je plaisante avec son désespoir, c'est pour l'en guérir!

Glocester.

0 dieux puissants ! Je renonce à ce monde et, sous vos yeux, sans colère, me débarrasse de ma peine. Si je pouvais la supporter plus longtemps sans entrer en conflit avec vos volontés suprêmes, je laisserais brûler jusqu'à la fin le méprisable flambeau de mes jours! Si Edgar est vivant, •ô dieux, accordez-lui vos bénédictions !... Maintenant camarade, porte-toi bien !

[Il saute et tombe).

Edgar.

Vous êtes parti, monsieur? Adieu... Je ne sais pas comment on peut concevoir l'idée de se priver du trésor de la vie, quand la vie elle-même cherche si souvent à se détruire! S'il avait été où il pensait, il ne penserait plus... Vivre ou mourir? Eh! monsieur! L'ami! Entendez-vous, monsieur?... Parlez!... Ne serait-il pas mort?... Non, il revient à lui. Comment êtes-vous, monsieur?

Glocester.

Arrière, laisse-moi mourir !

Edgar.

N'es-tu plus qu'un de ces fils qui flottent par les temps chauds, une plume, un souffle, pour tomber de si haut sans te casser comme un œuf? Tu respires, tu es entier, tu ne

1. C'est en parlant de ce passage qu'Addison disait : « Celui qui peut le lire sans éprouver le vertige, doit avoir la tète très forte ou très faible ».

saignes pas, tu parles, tu es sauf. Dix mâts attachés les uns au bout des autres, ne mesureraient pas la hauteur dont tu as parcouru la perpendiculaire. Ta vie est un miracle. Parle encore.

' Glocester.

A** Suis-je tombé ou non?

^ Edgar.

De l'épouvantable sommet de cette falaise crayeuse'. Regardez... De si loin, on ne pourrait voir ou entendre l'alouette aux sons aigus. Regardez.

Glocester.

Hélas! Je n'ai pas d'yeux!... La misère n'a-t-elle plus le droit d'en finir par la mort? Il restait encore une consolation quand la misère pouvait braver la rage du tyran et tromper son orgueil.

Edgar.

Donnez-moi votre bras... Allons!... Bien... Comment ça va-t-il? Sentez-vous vos jambes? Vous soutenez-vous? Glocester.

Trop bien ! trop bien !

Voilà qui dépasse toute étrangetél Sur le sommet de la falaise quel était l'être qui s'est séparé de vous? Glocester.

Un pauvre infortuné mendiant.

Edgar.

Comme je me tenais ici, en bas, il m'a semblé que ses yeux étaient deux pleines lunes, qu'il avait un millier de nez, des cornes recourbées, et qu'il s'agitait comme une mer furieuse. C'était quelque démon. Donc, heureux père, sois convaincu que les dieux les plus purs, qui se font gloire des impossibilités humaines, t'ont préservé.

Glocester.

Je me souviens, maintenant. Dorénavant, je supporterai le chagrin, jusqu'à ce qu'il me crie : Assez, assez! et Meurs! L'être dont vous parlez, je l'ai pris pour un homme. Il disait souvent : Le diable, le diable! C'est lui qui m'a conduit à cette place.

Edgar.

N'ayez plus que de bonnes et de douces pensées. Qui vient-là ?

{Entre LEAR fantasquement couvert de fleurs). Jamais un esprit sain n'accommoderait ainsi son maître.

\. Les côtes anglaises, du côté de Douvres, sont, e» effet, crayeuses. De là le mot Albion, Alba, blanche.

Edgar.

Leâr.

Glogester.

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