‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 92 sur 414 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

Albany, à un officier.

Courez après elle. Elle est désespérée. Contenez-la.

{V officier sort).

Edmond.

Je suis coupable de ce dont vous m'accusez. Je le suis plus encore. Le temps en dira davantage. Tout cela est passé et moi ausssi. Mais qui es-tu, toi qui l'as emporté sur moi? Si tu es noble, je te pardonne.

Edgar.

Faisons un échange de chantés. Je suis d'un sang aussi noble que le tien, Edmond. S'il est plus noble, ton offense n'en aura été que plus grande. Mon nom est Edgar et je suis le fils de ton père. Les dieux sont justes et de nos vices font des instruments pour nous châtier. Ce père t'avait engendré dans les ténèbres et l'impureté, il l'a payé de ses yeuxl

Edmond.

Tu as raison; c'est vrai... La roue a accompli son cercle et me voici.

Albany.

En te voyant, je devinais une noblesse royale... Il faut que je t'embrasse ! Que le chagrin me déchire le cœur, si jamais je t'ai haï, toi et ton père !

Edgar.

Digne prince, je le sais bien.

Albany.

Où vous cachez-vous ? Comment avez-vous connu les misères de votre père ?

Edgar.

En veillant sur elles, milord..! Ecoutez une courte histoire. Quand je l'aurai contée, que mon cœur se brise ! Pour échapper à la proclamation sanglante qui me suivait de si près (0 douceur de vivre ! Nous aimons mieux mourir chaque heure de la crainte de mourir, que mourir une fois !), j'imaginai d'emprunter les haillons d'un insensé, de revêtir l'extérieur d'un homme que les chiens eux-mêmes dédaignaient. C'est sous ces vêtements que je rencontrai mon père saignant des orbites qui venaient de perdre leurs pierres précieuses! Je devins son guide, je mendiai pour lui, je le sauvai du désespoir. Jamais (ô erreur I) je ne m'étais révélé à lui, quand il y a une demi-heure, armé de pied en cap, incertain, malgré mes espérances, d'un bon succès, je lui demandai sa bénédiction et, du commencement à la fin, lui racontai mon pèlerinage. Hélas I son pauvre cœur trop faible pour supporter une telle émotion, secoué par deux passions extrêmes, la joie et la douleur, se brisa dans un sourire t

Edmond.

Votre histoire m'a ému et peut-être aura-t-elle un bon effet. Parlez toujours, il semble que vous ayez autre chose à dire.

Albany.

Si ce doit être plus triste encore, tenez-vous-en là! Je puis supporter à peine ce que je viens d'entendre. Edgar *' .

Mon récit semblerait plutôt gai, à côté de ce qui me reste à dire^. Tandis que j'étais au comble de la douleur, vint un homme qui, vu mon triste état, avait tout d'abord évité ma présence. Bientôt, reconnaissant la victime de tant d'angoisses, il m'entoura le cou de ses bras vigoureux, poussa des hurlements à ébranler la voûte des cieux, se précipita sur ^le corps de mon père et me fît, sur Lear et sur lui-même, le plus épouvantable récit qui ait jamais frappé des oreilles. Tandis qu'il racontait, son chagrin augmentait toujours et les cordes de sa vie commençaient à craquer. A ce moment, la trompette ayant sonné deux fois, je dus le laisser évanoui. Albany.

Qui est cet homme ?

Edgar.

Kent, seigneur I Kent le banni ! Kent, qui sous un déguisement, suivait le roi, son ennemi, et lui rendait des services que n'aurait pas rendus un esclave*.

(Entre un GENTILHOMME en hâte et tenant un couteau sanglant).

Le GentilhoMxME.

Au secours ! Au secours ! Au secours !

Edgar.

Quel genre de secours vous faut-il ?

Albany.

Parlez, monsieur.

Que signifie ce couteau sanglant?

Il est chaud I 11 fume ! Je viens de l'arracher du cœur de...

Albany.

De qui? Parlez.

Le Gentilhomme.

De votre femme, seigneur I Et sa sœur est empoisonnée par elle ! Elle l'a avoué !

i. Le passage entre astérisques a été omis dans le folio.

2. Tons les commentateurs ont disculô sur la façon de comprendre ce passage. Nous avons reproduit l'interprétation de Steevens.

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