‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 96 sur 414 · TRAGÉDIE HISTORIQUE ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

TRAGÉDIE HISTORIQUE ACTE PREMIER

Entre le CHŒUR.

Que n'ai-je une muse de flamme qui puisse s'élever jusqu'au plus brillant ciel de l'invention ! Un royaume pour théâtre, des princes pour acteurs, et des monarques pour spectateurs ! On verrait alors le belliqueux Harry en personne, avec son port de Mars, traînant derrière ses talons, comme des chiens en laisse, la famine, le carnage, l'incendie, et suppliant qu'on les emploie. Mais pardonnez, aimables spectateurs, à l'impuissance d'un faible talent d'oser évoquer un si grand objet sur un indigne échafaudage. Peut-on sur cette arène, plutôt faite pour un combat de coqs, montrer les vastes champs de bataille français? Accumuler dans cet 0 de bois* les casques qui jetèrent l'épouvante à Azincourt? Oh ! pardonnez ! Puisqu'un chiffre crochu peut, dans un petit espace, représenter un million, laissez-nous, zéros de ce grand nombre, exciter votre imagination. Supposez que dans la ceinture de ces murs sont rassemblées deux puissantes monarchies dont les fronts altiers et menaçants ne sont séparés que par un périlleux détroit, et suppléez à notre imperfection par la pensée. De chaque homme faites-en mille. Grâce à la puissance de votre conception, quand nous parlons de chevaux, supposez-les voir imprimant leurs sabots dans la terre. C'est votre pensée qui doit maintenant revêtir nos rois,

1. C'était une habitude à l'époque de Shakespeare d'appeler un 0, ce qui représentait une circonférence.

les faire manœuvrer, sautant par dessus le temps, et accomplissant en une heure la besogne de plusieurs années. Pour ce, je vous supplie de m'admettre en qualité de Chœur dans cette tragédie historique, et, tenant la place du Prologue, de vouloir bien que j'adjure humblement votre patience d'écouter avec attention et de juger avec indulgence ^.

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