LE PRINCE HUMPHREY
Non, sire, il est ici présent.
CLARENCE
Que me veut mon seigneur et père
LB ROI HENRI
Il ne te veut que du bien, Thomas de Clarence. Par quel hasard n'es-tu pas avec le prince ton frère? Il t'aime, Thomas, et tu le négliges. Tu occupes dans ses affections une plus large place que tes autres frères; conserve-la, mon enfant; et quand je serai mort, tu pourras noblement entre eux et lui interposer ta médiation. Ne le néglige donc pas; ne laisse point s'émousser son afifeclion pour toi, et ne t'expose pas, par une froideur ou une indifférence apparente, à perdre l'avantage de ses bonnes grâces. Car il est affable et bon quand on lui témoigne deladéférence et du respect; il a des larmes pour le malheur, et une main toujours prêle à s'ouvrir pour répandre des bienfaits. Maisquand on l'irrite, il est dur comme le roc, aussi changeant que l'hiver, aussi brusque que ces bouffées de vent produites le matin par l'action du soleil sur les vapeurs congelées *. II faut donc bien étudier son caractère. Quand tu le verras disposé â la gaité , blâme respectueusement ses fautes : mais quand il est de mauvaise humeur, donne-lui larrière, jusqu'à ce que ses passions, comme une h.ileine amenéesurla rive, aient consumé leur vi- ■;i[eur en inipuissans efforts. Retiens cette leçon, ! Immas, et les amis trouveront en toi un bouclier, les frères un cercle d'or qui maintiendra solides les parois du vase commun dépositaire de leur sang; si bien que, la jeunesse dai-elle y mêler le venin de ses tentations, la liqueur ne s'échappera pas, quand son action serait aussi énergique que celle de l'aconit", aussi impétueuse que la poudre.
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' La science métforologiqUL- était peu avancée du l de notre auleur. Nous Iradiiison» Shakspeare et ne nous chargeons pas de redre«scr ses erreurs scientifiques. (Note du traditcleur,)
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éneuse. ( Note du traducteur. )
CLtRENCK.
Je l'étudierai avec une affectueuse sollicilude.
LE ROI HENRI
Pourquoi n'es-tu pas allé avec lui à Windiwr .'
CL4RENCE
Il n'y est pas aujourd'hui : il dine à Londres.
LE ROI HENRI
Quelle est sa société? Pourrais-tu mêle dire?
CLARENCE
Il est avec Peins et ses autres compagnons habituels.
LE ROI HENRI
Le sol le plus fertile est le plus exposé aux mauvaises herbes; et il en est couvert, lui, la noble image de ma jeunesse : aussi mes douloureuses prévisions s'étendent par-delà l'tieurede ma mort. Le cœur me saigne quand je me représente, par la pensée, les jours d'égarement, les temps de corruption dont vous serez témoins quand je dormirai avec mes ancêtres. Car lorsque sa licence audacieuse n'aura plus de frein, lorsque la passion et l'ardeur du sang seront ses seuls conseillers, quand l'immoralité et le pouvoir se trouveront réunis, ohl de quel vol rapide ses appétits l'emporteront vers le danger et vers sa ruine!
Mon gracieux souverain, vos appréhensions vont trop loin. Le prince n'a d'autre but que d'étudier ses compagnons comme on étudie une langue étrangère. Pour en obtenir une connaissance complète, il est indispensable d'apprendre et de retenir jusqu'aux termes les plus immodestes, et cela dans le seul but de les éviter. De même il viendra un temps où le prince rejettera loin de lui ses compagnonscomme il rejetterait des termes grossiers; et utilisant les désordres du passé, le souvenir de ces hommes lui servira de point de comparaison pour apprécier la conduite et la moralité des autres.
LE ROI HENRI
Il est rare que l'abeille dépose son miel dans un réceptacle impur. Qui vient? Westmoreland?
Euire WESTMORELAND.
WESTUORELAND.
Salut à mon souverain, et que pour lui d'autres bonheurs s'ajoutent à celui que je viens lui annoncer! Le prince Jean, votre fils, baise les mains de votre majesté. Mowbray , l'archevêque Siroop , Hastings, ont été livrés aux rigueurs de la loi ; en ce moment, pas un glaive rebelle qui ne soi. renne dans le fourreau, et parloul est arboré l'olivier de la paix. Votre majesté |>ouria lire à loisir les détails de cet événement.
Ill,„rem.-tu,. p..,.;.,-.
LE ROI HENRI
0 Wcslmorelaiid, tu es l'oiseau du printemps, qui, jusqu'au sein de l'hiver, reviens annoncer le jour. Mais voici encore d'autrea nouvelles.
HENRI IV
Entre HARCOURT.
HARCOOHT.
Que le ciel préserve d'c ncmis votre majesiél et s'ils sclèvent contre \oiis, puissent-ils tomber comme ceux dont je viens vous apporter des nouvelles I Le comte de Norihumberland et lord Bar- (lolplie. â la tète d'une nombreuse armée d'Ao- ;;laisetd'Écossais,ontété misen déroute complète par le sbérifl de l'Ycrksliire. Ces dépêches instruiront votre majesté de tous les détails de ce combat.
IR ROI BENRI.
Pourquoi donc est-ce que je me trouve mal à "PS heureuses nouvelles? Faut-il que la fortune n'ari ive jamais les deux mains pleines ! faut-il que tociiours elle écrive en caractères hideux ses plus flâneuses parolesl Tantôt elle donne l'appétit et lien a manger : tel est le pauvre en bonne santé; laiilAl elle donne l'abondance et ôte l'appétit : tel est le riche, qui a tout à foison, et n'en jouit pas. Je devrais me réjouir de ces heureuses nouvelles; et voilà que ma vue se trouble, et que ma téie se perd. Obi venez à moi; je me sens on ne peut plus mal.
LE fRINCE BUMPHREY.
Que Totre majesté se remette I
CLAREKCe.
O mon royal pèrel
«ESTHORELAND.
Tranquillisez-vous, prince; vous savez que sa majesté est sujette à ces attaques. Eloignez-vous de lui; donuez-lui de l'air : il sera bientôt remis.