SCENE V
M^mc ville. — Un .nulrt .ippartemcnl du palais.
Entrent LE ROI DE FRANCE, LE DAUPHIN, LE DUC DE BOURBON. LE CONNÉTABLE DE
FRANCE el d'aotres SEIGNEURS.
LE ROI DE FRANCE
Il est certain qu'il a passé ia Somme.
LE CONNÉTABLE
Sire, si on ne lui livre pas bataille, renonçons à vivre en France ; partons tous, et abandonnons nos vignobles à un peuple barbare.
LE DAUPHIN
0 Dieu vivant! Sera-t-il dit que quelques menues boutures de notre nation, — sève égarée, provenant du trop plein de nos pères, rejetons entés sur un tronc inculte et sauvage, — élèveront tout-à-coup leurs rameaux jusqu'aux nues, et surpasseront en hauteur la tige paternelle î
BOURBON
Des Normands! des bâtards normands! des Normands bâtards! lHort de ma vie! si nous les laissons passer ainsi sans combattre, je veux vendre mon duché pour acheter une ferme pauvre et chétive dans cette île au rivage dentelé qu'on nomme Albion.
Dieu des bataille.'^ ! D'où leur vient cette vaillance? leur climat n'est-il pas brumeux, terne et sombre? le soleil ne jette qu'à regret sur eux de pâles rayons, et lue leurs fruits de ses regards irrités. Serait-ce leur bière, ignoble mélange d'orge et d'eau, bonne tout an plus à abreuver des rosses éreintées, qui communique à leur sang glacé cette chaleur courageuse? Et nous, dont le sang est vivifié par un vin généreux, nous resterons mornes et engourdis? Oh! pour l'honneur de notre pays, ne demeurons pasimmoijileset transis comme les glaçons qui pendent aux toits de nos chaumières, pendant qu'une nation, fille d'un froid climat, humecte d'une sueur vaillante nos riches campagnes, riches par leur sol, pauvres par les maîtres qui les possèdent,
LE DAUPHIN
D'honneur, nos dame» se raillent de nous ; elles disent hautement que notre vigueur est épuisée,
n.ins le texie, toute celle scène esl en français, cl eo firii!.-..^ incorrect bien entendu. (Noiedu traducteur.)
" Les ni.iis .(lie nous avons soulignes sont en fno(*is duit le lexle. (JVu^- il„ traducteur.)
HENRI V
et qu'elles livreront leiirsclinrmesaux jeunes Anglais pour repcuplerla l'rancede guerriers bâtards.
BOURBON
Elles nous renvoient aux écoles de danse de l'Angleterre, et nous conseillent d'enseigner la gavotte et la courante, attendu que tout noire mérite est dans les jambes, et que nous sommes de superbes coureurs.
LE ROI DE FKAMCE
Où est Montjoie le bcraut d'armes? Qu'il se mette en route, et porte au roi d'Angleterre un sanglant défi. Debout, princes, et armùs d'une résolution plus Irancbantc que la lame de vos épées, volez au combat. Charles d'Albret, grand connétable de Franco, et vous, d'Orléans, Bourbon, Berry, Alençon, Brabanl, Bar, Bourgogne, Jacques Chàtillun, Ranibures, Vaudemont, Beaumont, Grandprc, Roussi, Fauconberg, Foix, Lestrelles, Boucicaut et Cbarollais, ducs, princes, barons, seigneurs et chevaliers, pour conserver vos manoirs et vos titres, elTacez votre opprobre; opposez une digue à Henri d'Angleterre, qui déborde sur notre territoire avec des étendards teints du sang d'Harfleur. Précipitez-vous sur lui comme l'avalanche sur la vallée, alors que cette dernière reçoit les sécrétions des Alpes qui la dominent. Fondez sur lui , — car vous avez des forces suffisantes, etamenez-lc i Rouen, captif dans un char.
LECONNÊTASLE.
Voill le râle qui sied à un grand cœur. Je suis fâché que son armée soit si peu nombreuse , que SCS soldats soient malades et affaiblis par la fatigue et la faim; car j'ai la certitude que lorsqu'il verra notre armée, découragé et tremblant, il viendra, pour tout exploit, nous offrir sa rançon.
LE ROI DE FDiNCS.
Hàtcz-vous donc, connétable, de faire partir Montjoie; qu'il dise au roi d'Angleterre que nous désirons savoir quelle rançon il consent à donner. Dauphin, vous resterez à Rouen avec nous.
LE DICPHÎN.
Non, mon père, j'en supplie votre majesté.
LE ROI DE FR4NCE
Résignez-vous; car vous resterez avec nous, laintenant, connétable, et vous, princes, partez, et apportez-nous promptement la nouvelle de votre victoire sur l'Anglais.
Ils sortent.