‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 153 sur 633 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Troyes en Champagne. — Uu apparlcmcat dans le palais du roi de France.

Entrent, d'un côté, LE ROI HENRI, BEDFORD, GLOSTEU, EXETEU, WARWICK, WESTMORE- LAND et AUTUES Lobds; d'un autre, LE ROI DE FRANCE, LA REINE ISABELLE, LA PRIN- CESSE CATHERINE, divers Seicneubs et Dahbs DE LA COUR, LE DUC DE BOURGOGNE et sa Suite.

Que la paix qui nous rassemble préside à cet'e

HENRI V

entrevue I Santé et bonheur à notre frère le roi de France et à la reine notre sœur. — Contentement et joie à notre belle cousine la princesse Catherine! — Et vous, membre de celte royale famille, vous qui avez provoqué celle auguste réunion, je vous salue, duc de Bourgogne, — et vous aussi, princes et pairs de France!

LE KOI DE FBANCE.

C'est avec joie que nous vous voyons, notre illustre frère d'Angleterre ; vous êtes le bien venu, — et vous tous pareillement, princes anglais.

LA BEINE ISABELLE.

Mon frère d'Angleterre, puisse l'issue de cette gracieuse entrevue être aussi heureuse qu'est grande la joie que nous éprouvons à vous voir, et à envisager cet œil terrible, aussi fatal aux Français qui l'ont rencontré, que le regard meurtrier du basilic. Nous espérons que vos yeux ont perdu leur propriété homicide, et que ce jour verra nos douleurs et nos discordes se transformer en sentimens affectueux.

LE noi BEKRI-

Nous souscrivons à ce vœu, et c'est ce qui motive ici notre présence.

LA BEINE ISABELLE.

Princes anglais, recevez tous mes salutations.

LE DDC DE BOCBGOGNE.

Recevez tous deux, dans une proportion égale, le tribut de mes respects et de mon afleciion» puissans monarques de France et d'Angleterre. Vous pouvez me rendre tous deux ce témoignage, que je n'ai épargné ni soins ni efforts pour amener entre vos royales majestés cette auguste conférence. Puisque j'ai réussi à vous mettre en présence et face à face, excusez-moi si je demande devant cette royale assemblée quel obstacle, quel empêchement s'oppose à ce que la paix, cette mère chérie des arts, de l'abondance et des hymens féconds, aujourd'hui indigente, nue et couverte de blessures, revienne dans ce jardin du monde, notre fertile France, montrer son visage charmant. Hélas I depuis trop long-temps elle en est exilée. La France voit ses richesses languir amoncelées, et se corrompre dans leur fécondité. Ses vignes, dont le nectar console et réjouit le cœur, meurent, faute de culture ; ses haies, autrefois alignées et régulières, semblables aujourd'hui à des prisonniers qui laissent croître leur chevelure en désordre, se hérissent de rejetons confus et inutiles. Dans ses plaines en friche croissent l'ivraie, la ciguë, et l'impur fumeterre, pendant qu'on laisse rouiller le soc qui devrait déraciner ces plantes sauvages. La prairie où croissaient la primevère tachetée, la pimprenelle et le trèfle verdoyant, en l'absence de la faux, dans son oisiveté forcée, se couvre d'un luxe nuisible et désordonné, et ne produit que l'odieuse bardane et le chardon épineux, qui la déparent et la détériorent tout ensemble. En même temps que nos vignes, nos terres, nos prairies et nos haies, dégénérées de leurs qualités natives, no donnent plus que des produits sauvages, nos fa-

milles, nos enfans et nous-mêmes, nous avons oublié, ou, faute de temps, nous négligeons d'apprendre les sciences dont la culture importe i notre patrie ; nous vivons en vrais sauvages, en soldats qui ne se préoccupent que de pensées de meurtre; partout on ne rencontre que juremens, que visages farouches , que luxe effréné dans la parure ; tout porte un cachet d'étrangeté hideuse. Vous êtes assemblés pour rendre au pays sa beauté première, et je m'adresse à vous pour connaître quel obstacle s'oppose à ce que la douce paix fasse disparaître ces inconvéniens, et nous dispense de nouveau ses bienfaits.

LE BOI BENBI.

Duc de Bourgogne, si vous désirez la paix dont l'absence produit les imperfections que vous avez signalées, il vous faut acheter cette paix en accédant à toutes DOS justes demandes, dont vous avez entre les mains la teneur et le bref expose.

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