‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 167 sur 633 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Orléans. — L'intérieur delà ville.

Arrivent TALBOT, BEDFORD, LE DUC DE BOURGOGNE, UN CAPITAINE el Aotees.

BEDFORD

Le jour commence à poindre et a chassé la

uuii, dont le noir manteau couvrait la terre. Son

nons ici la retraite, et ariétons notre poursuite acharnée.

Ou sonne la relraile.

TALBOT

Apportez le corps de Salisbury. Qu'on le dépose ici, sur cette place publique, au centre de cette ville maudite. Maintenant, j'ai accompli le serment que j'avais fait à ses mânes. Pour chaque goutte de sang qu'il a perdu, cinq Français au moins sont morts cette nuit. Et pour transmettre aux générations futures le souvenir des désastres par lesquels nous l'avons vengé, je veux que dans leur temple principal une tombe soit élevée, qui contiendra son corps, et sur laquelle une inscription retracera à tous les jeux le sac d'Orléans, le coup perfide qui a causé sa mort déplorable, et la terreur qu'il inspirait à la France. Mais, mylords, dans ce sanglant carnage, je m'étonne que nous n'ayons rencontré ni son altesse le Dauphin, ni son nouveau champion, la vertueuse Jeanne d'Arc, ni aucun de ses perfides complices.

BEDFORD

On croit, lord Talbot, qu'au commencement du combat, réveillés en sursaut, ils se sont levés â la hàle, et que traversant les pelotons d'hommes armés, ils ont sauté en bas des remparts, et se sont sauvés dans les campagnes.

LE DCC DE BOUBGOCIiE.

Autant que j'ai pu distinguer à travers la fumée et les sombres vapeurs de la nuit, je suis sûr d'avoir vu le Dauphin et sa belle s'enfuir bras dessus bras dessous, comme un couple de tourtereaux fidèles qui ne peuvent se quitter ni de jour ni de nuit. Quand nous aurons ici mis ordre à tout, nous nous mettrons à leur poursuite avec toutes nos forces.

Arrive UIS MESSAGER.

LE UESSAGER.

Salut, mylords ! Quel est dans cette illustre assemblée celui qu'on nomme le valeureux Talbol, célèbre dans la France entière par ses exploits?

TALDOT.

Je suis Talbol; qui veut lui parler?

LE MESSAGER

Une vertueuse dame, la comtesse d'Auvergne, éprise pour la gloire d'une chaste admiration, le supplie, par ma voix, illustre lord, de venir visiter l'humble ch&teau où elle réside, afin qu'elle puisse se vanter d'avoir vu l'homme qui remplit l'univers du bruit éclatant de sa renommée.

LE DUC DE BOUnCOGNE.

En vérité? Allons, je le vois, nos guerres vont se transformer en joyeux et pacifiques ébats, puisque voila les dames qui dcmandcut qu'on se mesure avec elles. — Il vous est impossible, mylord , de ne pas vous rendre ù une aussi aimable requête.

TALBOT

Je me garderai bien de refuser. Ce que les bommcs, avec toute leur éloquence, n'ont pu obtenir de moi, je l'accorde à la bienveillante politesse d'une femme. — [Au messager.) Dites-lui que je lui fais mes remerciemens, cl que j'irai lui présenter mes hommages respectueux. — Vos seigneuries veulent-elles me tenir compagnie?

BEDFORD

Non, assurément; les convenances s'y opposent. J'ai toujours entendu dire qu'un hôte qui arrive sans être attendu nous oblige surtout lorsqu'il nous quitte.

TALBOT

Allons, puisqu'il le faut absolument, j'irai seul mettre à l'épreuve la courtoisie de cette dame. Capitaine, approchez. — (// lui parle à l'oreille.) Vous me comprenez?

LE CAPITAINE

Oui, mylord; ce que vous désirez sera fait. Ils s'cloignenl.

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