‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 188 sur 633 · BENÉ · texte numérisé non relu

BENÉ

SufTolk parle-l-il comme il pense?

SCfFOLK.

la belle Marguerite m'est témoin que SuCfoik no sait ni llalter, ni tromper, ni feindre.

RENÉ

Sur la foi de ta parole de comte, je descends, pcjur répondre à une demande aussi raisonnable. Il quille le rcniparl.

SUFFOLK

Et mui, je l'attends ici.

Jiruil de trompolles. Arrive RENÉ.

RENE

Brave comte, sois le bien venu sur nos territoires. Tu peux dans l'Anjou commander en mailre.

SUFFOIK.

Je te rends grâces, René, heureux père d'une fille aussi charmante, faite pour devenir la compagne d'un roi. Quelle réponse fais-tu à ma deraanfie ?

KENÉ.

f'uisque, nonobstant ses faibles mérites , tu as daigné jeter les yeux sur elle, pour en faire l'épouse d'un aussi grand monarque, qu'on me laisse posséder en paix ce qui m'appartient, les comtés du Slaine et de l'Anjou, a l'abri de toute oppression cl des ravages de la guerre ; à ces conditions, ma fille sera l'épouse de Henri, si cela peut lui convenir. •

SUFFOLK

Il ne lui faut pas d'autre rançon; dès ce moment, elle est libre , et je te garantis d'avance la jouissance paisible et entière de ces deux comtés.

RENÉ

Et moi, au nom du roi Henri et en ta qualité de représentant de sa gracieuse personne, je te donne la main de ma fille, pour gage de ta foi.

SCPFOLK.

René de France, je te rends de royales actions de grâces; car en ce moment je lepréseute un roi. — {À pan.) J'aurais, je crois, préféré dans cette affaire, agir pour mon compte. — (A René.) Je vais porter en Angleterre cette nouvelle, et hiler la célébration du mariage. Adieu donc, Rcnu ; dépose ce diamant dans un palais d'or, seul digne de le recevoir.

I\ENÉ,

Je l'embrasse comme j'embrasserais ce prince chrétien, le roi Henri, s'il était ici.

MARGUERITE

Adieu, mylord. L'estime, les vœux et les prières de Marguerite ne cesseront d'accompagner Suffolk.

SUFFOLK, faisant quelques pas pour s'iloigner.

Adieu, madame. {Revenant sur ses pas.) Mais dites moi , Marguerite, n'avez-vous rien a mander au roi ?

M.4HGUER1TE.

Dites-lui de ma paît tout ce que peut convenablement lui dire une jeune fille, une vierge et sa servante.

SUFFOLK

Langage enchanteur et que la modestie avoue I Mais, madame, il faut que je vous importune encore. N'envoyez-vous à sa majesté aucun gage d'amour?

MARGUERITE

Si fait, mylord; j'envoie au roi un cœur pur et sans tache que l'amour n'a jamais profané.

SUFFOLK

Et ceci par-dessus le marché.

li l'tmhrasse.

MARGUERITE

Ceci est pour vous; je n'aurais pas l'impolitesse (l'envoyer si peu de chose i un roi.

Keké el Mabgverite s'éloignent.

SUFFOLK

Oh ! que n'es-tu pour moi ! — Mais arrête, Suffolk; ne va pas t'égarcrdans ce labyrinthe : on y trouve des Minutaures et d'horribles trahisons. Éveille la passion de Uciiri par un pompeux éloge de la princesse ;rcpas^e dans ta mémoire ses qualités sans égales, sa grùce 'iialurelle et naïve, bien au-dessus de l'art : retrace-toi souvent celte image en traversant les mers, afin qu'arrivé aux pieds de Ilenri, il soit émerveille de tes récits au point d'en |>crdrc la tète.

Il s'cloigne.

^MAGASIN THEATRAL ETRANGER

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