‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 274 sur 633 · CI.OSTER · texte numérisé non relu

CI.OSTER

C'est après s'clre fait l'humble suppliant <le sa divinité qu'Uastingsa rerouvré sa liberté. Croyezmoi, nous n'avons d"au(re moyen pour conserver les bonnes grâces du roi que de nous faire les serviteurs de cette femme et de porter sa livrée. La reine, surannée et jalouse, et cette Jeanne Shorp, depuis que noire frère en a fait de nobles dames, sont des commères toutes puissantes dans cetie monarchie.

BRAKENBIIKY.

J'en demande pardon à vos altesses; la volonté expresse desa majesté est que nul, quel que puisse être son rang, n'ait un entretien particulier avec son frère.

GLOSTER.

En vérité? Pour peu que cela vous convienne, Brakenbury , vous pouvez prendre part à notre conversation ; nous ne disons rien que de fort innocent, mon cher. — Nous disons que le roi est vertueux et sage, et que sa noble épouse, quoique un peu mûre, est belle et point jalouse; — nous disons que la femme de Shore a un joli pied, des lèvres vermeilles, des yeux agaçans et le parler le plus aimable; nous disons qu'on a anobli les parens de la reine. Qu'en dites-vous? tout cela n'est-il pas vrai?

BRAKENCCRV.

Mjiord, je n'ai rien de commun avec tout cela.

GLOSTER.

Rien de commun avec mistriss Shore? Croyezmoi, mon cher , celui qui, un seul homme excepté, aurait quelque chcjse de commun avec elle, ferait bien de tenir la chose secrète.

■RAEENBCRY.

Et quel est celui que vous exceptez, mylord?

GLOSTER.

Son mari, apparemment. Voudrais-tu nous trahir?

BRAKENBURY.

Votre altesse voutira bien m'excuser; mais je vous prie de cesser toute conversation avec le noble duc.

CLAr.ENCe.

Nous connaissons tes devoirs, Brakenbury, et nous obéirons.

CLOSTEfî.

Nous sommes lestrès-humblesvaletsdelareine, et lui devons obéissance. Adieu, mon frère, je vais trouver le roi , et i quelque démarche qu'il vous plaise de m'employer, me fallilt-il ifppeler la veuve du roi Edouard, ma sœur, je le ferai pour obtenir votre élargissement. En attendant, cette profonde brèche à l'affection fraternelle m'affecte plus profondément que vous ne sauriez l'imaginer.

CLARENCE

Je sais qu'elle nous déplait fort à tous deux.

ctnsTrR.

Allez, votre emprisonnement ne sera pas long. Je vous délivrerai, ou j'irai prendre votre place. En attendant, prenez p.ii'euce.

CLARENCE

Il le faut bien. Adieu.

Clarence, Cbakenoury ci les Gardes l'êloigncnt,

CLOSTER, seul.

Va, pour ne plus revenir, candide et crédule Clarence! — Je t'aime tant, qire je compte sous peu expédier ton ame au ciel, si toutefois le ciel veut bien te recevoir de ma main. Mais qui s'approche? C'est Ilasiings, nouvellement élargi.

Arrive HASTINGS.

UASTINGS.

Salut à mon gracieux lordl

GLOSTER.

Je vous en dis autant, mylord chambellan. Je vous félicite de respirer un air libre. Comment votre seigneurie a-t-ellc supporté sa prison ?

HASTINGS

Avec patience, mylord, comme il convient à des prisonniers; mais j'espère vivre assez, mylord, pour remercier les auteurs de mon emprisonnement.

Sans doute, sans doute; et Clarence l'espère bien aussi; car vos ennemis sont aussi les siens; et ils ont prévalu contre lui, aussi bien que contre vous.

HASTISCS.

Quelle pitié que l'aigle soit mis en c.ige, pendant qu'on laisse en liberté les milans, ces brigands des airsl

01 OSTER

Quelles •> ■ • ••<- le monde?

lUSTINCS.

Il n'y eu a point dans le monde d'aussi fâcheuses que celles que nous avons ici. Le roi est maladif, faible et triste; ses médecins craignent beaucoup pour lui.

GLOSTER.

Par saint Paul, voilà en effet une fâcheuse nouvelle. Il a long-temps suivi un régime funesle qui a épuisé sa royale personne : c'est douloureux que d'y penser. Mais quoi! gardet-illelil?

HASTINGS

Oui, mylord.

GLOSTER.

Allez devant; je vais vous suivre.

Uastimgs s'iloigne.

GLOSTER, scul,continiiani.

11 ne vivra pas, j'espère; mais il ne faut pas

MAf.ASIN THEATRAL ETRANGER.

qu'il meure avant que George soil parti en posie pour le ciel. Je vais le trouver pour irriter encore sa baine contre Clarence par des mensonges apjuiyés de raisons puissantes; et si je n'échoue pas dans le projet que j'ai mûri, Clarence n'a pas un jour de plus à vivre. Cela fait, que Dieu dispose du roi Edouard dans sa miséricorde, et me laisse jouer mon rôle sur la scène de ce monde! Alors j'épouserai la fille cadette de Warwick. 11 est vrai que j'ai tué son mari et son père; n'importe; la meilleure réparation que je puisse lui donner, c'est de faire qu'elle retrouve en moi un père et un époux. C'est ce que je ferai; non que je l'aime, mais dans un autre but secret que j'atteins en l'épousant. Mais, dans mon impatience d'arriver au marché, je vais plus vite que mon cheval. Clarence respire encore ; Edouard vit et règne; pour compter mes gains, attendons qu'ils soient partis.

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