‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 330 sur 633 · LE SECRÉTAIRE · texte numérisé non relu

LE SECRÉTAIRE

Appelez Catherine, reine d'Angleterre, à comparaître devant la cour.

l'audiencier.

Catherine, reine d'Angleterre, comparais^ci devant la cour.

La lîeÎDe ne répond pas ; elle se lève de son siège, Ira- Vernie la salle, s'approclie du Hoi, s'agenouille devant lui, et lui adresse ce di&cuurs :

* Ces culonnes r'iaient porte'es devant les cardinaux , comme insignes de leur dignité. (Note du traducteur.)

LA REINE CATUtBINE.

Sire, je vo.s demande de me rendre justice et de m'accorder votre pitié; car je suis une faible femme, une étrangère, née hors des limites de votre empire; je n'ai point ici de juge impartial, et je ne puis compter sur un jugement équitable. Hélas! sire, en quoi vous ai-je offensé? quelle cause de déplaisir vous a donné ma conduite, que vous vous apprêtez à me répudier et à me retirer vos bonnes grâces? le ciel m'est témoin que je me suis conduite avec vous en épouse humble et fidèle; soumise en tout temps à votre bon plaisir; attentive à ne pas éveiller votre mécontentement, et composant mon visage sur votre physionomie gaie ou sombre. Quand ni'est-il arrrivé de contredire votre volonté et de ne pas y conformer la mienne? Quel est celui de' vos amis que je ne me suis pas efforcée d'aimer, alors mémeque je savais qu'il était mon ennemi? S'il arrivait qu'un de mes amis devint l'objet de votre colère, je lui retirais à l'instant mon amitié, et l'avertissais de ne plus, à l'.avenir, approcher de ma personne. Rappelezvous, sire, qu»;, fidèle à cette obéissance, j'ai été votre épouse pendait plus de vingt années, et que j'ai eu le bonheur de vous donner plusieurs enfans. Si pendant ce long intervalle vous pouvez articuler contre moi, et prouver la moindre atteinte à mon honneur, à la foi conjugale, à mon affection et à mes devoirs envers votre personne sacrée, — au nom de Dieu, chassez-moi j! que l'opprobre devienne à jamais mon partage, et livrez-moi aux plus redoutables rigueurs de la loi. Sire, souffrez que je vous le dise, le roi votre père était renommé pour sa prudence et l'excellencei de son jugement; Ferdinand, mon père, roi d'Es- ' pagne, passait pour un des princes les plus sages" qu'on eût vus sur le trône depuis bien des années. On ne saurait douter que cette question n'ait été débattue devant eux par les hommes les plus éduirés, par des conseillers d'élite qui ont admis la légitimité de notre mariage. Je vous supplie donc Uumbicment, sire, de m'cpargner, jusqu'à ce que j'aie envoyé en Espagne consulter mes amis, dont je vais solliciter le conseil : si vous me refusez, au nom de Dieu, que votre volonté s'accoiat! plisse.

WOLSBÏ.

Vous avez devant vous, madame, ces person*^ nages vénérables choisis par vous-mêmes, bommeit d'une science et d'une intégrité rares, l'clite du pays, qui sont assemblés ici pour plaider vot^Q cause ; il est donc inutile d'ajourner plus long- . temps la décision de la cour ; celte décision est, utile dans l'intérêt de votre repos, et pour ap^i*,, >er les scrupules du roi.

CAUPÉIUS.

Ce que vient de dire son éminencc est raison» ii.'ibic et juste; il convient donc, madame, qtifll* I examen de cette affaire continue, et que les irjf gumeus pour et contre soient sans délai produit et cotcodus.

HENRI VIII

lA EBIHP. CATBERmE, à Wolsey.

U;lord cardinal I — c'e^t à vous que je parle.

WOLSBÏ.

Quel est votre bon plaisir, madame?

LA KEIME CATBEniNE.

Mylord, je suis prête à pleurer ; mais songeant ^ue je suis reine, — du moins je l'ai long-temps rêvé, — et dans la certitude que je suis fille de roi, je veux refouler mes larmes, et les remplacer par les flammes de l'indigtiatiou.

WOlSEt.

Daignez être patiente.

LA HEINE CATBEKINB.

Je le serai quand vous serez humble; je le serai oiéme avant, ou Dieu me punira. J'ai de fortes raisons de croire que vous êtes mou ennem>i , et je vous récuse pour mon juge; car c'est vous qui avez allumé entre mon époux et moi cet incendie. Dieu veuille l'éteindre avec la rosée de sa grâce I Je répète que, mue par un profond sentiment de répulsion , je vous refuse pour mon juge. Je répète que je vous considère comme mou ennemi le plus acharné, et qu'il m'est impossible de voir en vous un ami de la vérité.

WOLSEY

Je ne vous reconnais point dans ce langage, vous dont la bienveillance ne s'est jamais démentie, et qui avez toujours déployé une douceur et une sagesse au-dessus de votre sexe. Madame, vous me faites injure; je n'ai contre vous, ni contre qui que ce soit au monde, aucun sentiment de baine ou d'injustice. Dans tout ce que j'ai fait, dans tout ce que je pourrai faire encore , je n'ai agi qu'en vertu des pouvoirs émanés du consistoire de Rome , unanime sur ce point. Vous m'accusez d'avoir allumé cet incendie; je le nie. Le roi est présent : s'il sait que je renie mos actes, combien il lui est facile de démasquer mon imposture, aussi douloureusement que vous faites injure à ma véracité. C'est donc à lui à me justifier et à bannir de votre cœur ces pensées. Avant que sa majesté s'explique sur ce point, je vous conjure, madame, de rétracter vos paroles, et de ne pas persister dans vos accusations.

LA KEI.-<E CATHERINE

Mylord, mylord, je ne suis qu'une femme simple, beaucoup trop faible pour lutter contre les ressources de votre esprit. Vous êtes doux et humble de langage; vous apportez dans vos fonctions une apparence de candeur et d'humilitù; mais votre cœur est gonflé d'arrogance , de haine et d'orgueil. Parti de très-bas, grâce à votre bonne étoile et à la faveur de sa majesté, vous vous êtes rapidement élevé. Maintenant, dans la haute position où vous êtes, vous disposez en maître <Ie vos facultés , et la parole est à vos ordres ; l'ambition vous préoccupe bien plus que vos devoii!> spirituels. Je proteste de nouveau que je ne vu :s accepte pas pour mon juge; et en présence Je lOutc cette a^iiemblcc, je déclare en apiiclei uu

pape; je veus porter ma cause devant sa sainteté, et demande à être jugée par èUj.

t lie salue le Eoiet fait <jur!cjues pas p ir Sjiûi ; *;. suito imite son exeoiple.

CAUPÉIUS.

La reine s'obstine; rebelle à la justice qu'elle accuse, elle refuse de se soumettre à ses déci» sions : cela n'est pas bien. Elle se prépare à sortir.

LE BOX BENKI.

Qu'oQ la rappelle.

l'audiencier.

Catherine, reine d'Angleterre, présentez-vous devant la cour.

GKiFFiTB, l'huissier de la reine.

Madame, on vous rappelle.

LA REINE CATBERIKE.

Qu'est-ce que cela vous fait? suivez votre chemin, je vous prie; quand on vous appellera, vous reviendrez sur vos pas. Le Seigneur me soit en aide; ils mettent ma patience à l'épreuve au-delà de toutes les bornes! Sortons, je vous prie: je ne resterai pas plus loug-temps. Désormais je ne comparailrai au sujet de cette affaire dans aucune de lours cours.

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