‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 331 sur 633 · L.i Reine son avec Griffitb et le reste de sa · texte numérisé non relu

L.i Reine son avec Griffitb et le reste de sa

suite.

LE ROI HENRI

Va, Catherine, l'homme qui osera soutenir qu'il a une femme meilleure que toi, qu'il ne soit cru en rien, car il ment. Si tes rares qualités, ta douceur charmante, ton humilité sainte, ton attitude dans ton intérieur, où tu commandes en obéissant, et le pieux attrait de tes vertus souveraines, pouvaient parler pour toi, tu serais la reine des reines de la terre. — Elle est d'un noble sang, et sa conduite envers moi a été digue de sa noblesse.

■WOISEY.

Très-gracieux monarque, je supplie humblement votre majesté de vouloir bien déclarer devant toutes les personnes qui nous écoutent, — . car ptrtsque c'est ici qu'il m'a été fait injure, il est juste que ce soit ici qu'ait lieu la réparation, iiiute insuf6sante qu'elle puisse être, — de déclarer, dis-je, si c'est moi qui le prenier ai entretenu votre majesté de cette affaire; si j'ai fait naître en vous des scrupules propres à appeler votre attention sur cette matière; si jamais je vous ai parlé de la reine autrement que pour remercier Dieu de vous avoir donné une épouse si accomplie; si jamais il m'est échappé une parole au préjudice de son rang actuel, ou qui pfit le moins du monde porter atteinte à sa bonne réputation.

le roi benri.

Mylord cardinal, je vous disculpe de tout reproche; oui, sur mon lioijuçur, vous êtes pleine-

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

ment absous. Je n'ai pas besoin de vous apprendre que vous avez beaucoup d'ennemis qui ne savent pas pourquoi ils !e sont, mais qui, pareils aux dogues d'un village, aboient quand ils entendent aboyer les autres : ce sont ces gens-là qui ont indisposé la reine contre vous. Vous êtes disculpé; mais voulez-vous être justifié plus pleinement encore? Vous avez toujours souhaité qu'on assoupît cette affaire ; vous n'avez j amais désiré qu'on la réveillât : loin de là, vous avez souvent opposé des obstacles à ses progrès; — sur mon honneur, je rends jus- ^tice sur ce point à mylord cardinal, et je le déclare à l'abri ;de toute imputation à cet égard. Quant à ce qui m'a engagé à mettre sur le tapis cette affaire, — si vous me permettez d'abuser de votre temps et de votre attention, je vais vous en dire les motifs. Voilà comment la chose est venue, — veuillez m'êcûuter, je vous prie : — Les scrupules de ma conscience furent éveillés pour la première fois par certains propos tenus par l'évêque de Bayonne, alors ambassadeur de France, qui avait été chargé de venir ici négocier un mariage entre le duc d'Orléans et notre fille Marie. Dans le cours de cette négociation, avant d'en venir â une résolution arrêtée, cet homme, je veux dire l'évêque, demanda un ajournement, afin de pouvoir consulter le roi son maître sur la question de savoir si notre fille était légitime, étant née de la reine douairière, antérieurement l'épouse de notre frère. Cet ajournement olessa ma conscience au vif, la perça de part en part, et ébranla mon ame dans ses plus intimes profondeurs. Ce sentiment pénétra si avant, que des milliers de considérations compliquées, nées de ce premier avertissement, vinrent en foule m'assiéger. D'abord je me dis que le ciel refusait de me sourire, lui qui, prescrivant ses volontés à la nature, avaitordonné que si le sein de mon épouse venait à concevoir un enfant mâle de mes œuvres, il ne lui prélat pas plus de vie que le tombeau n'en donne aux morts; et, en effet, tous ses enfans mâles sont morts dans le sein de leur mère, ou peu de temps après avoir vu le jour. Je pensai que c'était un jugement de Dieu ; que mon royaume, bien digne du premier béritier du monde, n'obtiendrait jamais par moi un tel bienfait. Par une suite toute naturelle, je songeai aux périls que pouvait entraîner pour mes états le défaut de postérité mâle, et cela me fit éprouver de cruelles angoisses. Ainsi flottant sur la mer agitée de ma conscience, je dirigeai ma marche vers le remède pour lequel nous sommes ici rassemblés en ce jour ; j'ai voulu, pour fixerles incertitudes de ma conscience, long-temps malade et qui n'est pas encore bien rétablie, iuvoquer les lumières [de tous les vénérables prélats, de tous i

les savans docteurs du pays. J'ai commencé par m'en ouvrir en particulier avec vous, mylord de Lincoln : vous devez vous rappeler de quel poids accablant j'étais oppressé, quand je tous parlli de cet objet pour la première fois.

LIKCOLIt.

Je me le rappelle, sire.

LE KOI BENM.'

J'ai parlé long-temps ; ayez la bonté de dire vous-même quel conseil vous m'avez alors donné.

tIMCOLM.

Avec la permission de votre majesté, la question me frappa tout d'abord par son extrême impor» tance et par les conséquences graves qu'elle pouvait entraîner; — si bien que mes conseils n'osèrent aller au-delà du doute, et que je suppliai lOLre n-.ajesté d'adopter la |marche qu'elle suit aujourd'hui.

lE SOI BENM.

Je VOUS parlai alors, mylord de Canterbury, et j'obtins votre assentiment pour convoquer cette assemblée : je pris l'avis de tous les vénérables membres de cette cour, sans en oublier aucun; et je n'ai agi qu'après avoir obtenu votre consentement à tous, signé de votre main, et scellé de votre sceau. Poursuivez donc votre œuvre; car ce qui m'engage à persévérer dans cette voie, ce n'est pas un sentiment d'antipathie contre la personne de l'excellente reine, je n'éprouve rien de semblable; ce sont les douloureux scrupules fondés sur les raisons que je viens d'exposer. Prouvez seulement que notre mariage est légitime, par ma vie et ma dignité royale, je ne demaiide pasmieux que d'achever ma carrière mortelle avec Catherine, mon épouse, et je la préfère à tout ce que l'univers contient de plus parfaites créatures.

CAUPÉIDS.

Si votre majesté le permet, la reine étant absente, il est nécessaire d'ajourner cette cour à un jour ultérieur : dans l'intervalle, la reine devra éire pressée instamment dese désister de l'appel qu'elle se propose de faire à sa sainteté.

L'assemblée se lève pour sortir.

lE ROI HENRI, â part.

Je vois que ces cardinaux se moquent de moi . j'abhorre les lenteurs et la politique cauteleuse de Rome. Cranmer, mon savant et bien aimé servi leur, reviens, je t'en conjure: avec toi, je le sais, ma consolation s'approche. — {Haut.) Levez la séance : que chacun se retire.

L'assemblc'e sort dans l'ordre dans Icijuel elle est cntrce»

riN DU BEOXiitUE ACTE,

HENRI Vni;

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