SCENE PREMIERE
Le palais de Briâewell.
Une chambre dans les apparlemens de la Reine. L\ REINE travaille avec quelques-unes de
SES FEHUES.
LÀ RSIME CITHERINE.
Jeune fille, prends ion luth : j'ai l'ame Irisle et agitée ; chante, et si tu le peux, dissipe mes ennuis : quitte ton ouvrage.
t s^accompagnant de son luth, cbaDts mélodieux.
IIIIE JECNE FILLE chante I Quand Orpbe'e exhalait se:
\. sa parole cadencée Les arbres s'agitaient , et les monts sourcilleux
Inclinaient lenr tête glacée;.
Et l'on Toyait plantes et fleurs A ses accens s'épanouir plus belles ;
Et sa voix remplaçait pour elles,
Le soleil et ses feux, la rose'e et ses pleurs.
\ax magiques accords de sa lyre briliante,
Soudain de la mer turbulente
On voyait les flots s'aplanir,
Tant la mélodie est puissante I
11 n'est pas de douleur cuisante ^ ue vienne à sa toîx sommeiller et mourir.
Enlre CN OFFICIER de la maison de la Reine.
Ik REIRE CATHERIT^E.
Qn'y a-t-il t
l'OFFICIER.
Sous le bon plaisir de votre majesté, les deux llustres cardinaux attendent dans la salle d'audience.
Lk KEI5E CATHEItlHE.
Veulent-ils me parler?
l'officieh.
IIj m'ont chargé de vous le dire, madame.
LA REINE CtTHEItlNB.
Priez leurs émiaences d'entrer.
L'Officier sort.
LA REINE, continttanf.
Quel motif les amène auprès de moi, chétive et faible femme , tombée en disgr3ce! Je n'augure rion de bon de leur visite, toute réflexion faiie. Us devraient être des hommes justes; tous leurs actes devraient être vectueui' ', mais rb;\bit ne (ait pas le moin«.
Entrait WOLSEY et CAMPÉlUS.
WOLSET,
Paix i votre majesté.
LA REINE CATHERINE
Vos ëmir.ences me trouvent ici aa milieu des occu;'a!ions d'une ménagère. Dans ma position , je dois être préparée aux extrémités les plus dures. Que me voulez-vous, vénérables lords ?
WOLSET.
Si vous voulez, madame, que nous allions dans une pièce plus retirée, nous vous expliquerons en détail le sujet qui nous amène.
LA REINE CATHERINE
Dites-Te-moi ici : ma conscience me rend ce témoignage que je n'ai rien fait encore qui demande le secret et l'ombre. Plùt à Dieu que toutes les autres femmes pussent en dire autant, et avec autant de vérité que moi. Mylords, plus heureuse que beaucoup d'autres, peu m'importe que mes actions soient commentées par toutes les bouches, que tous les yeux les voient, qu'elles soient en butte à l'envie et à la calomnie, tant j'ai la certitude que ma vie est irréprochable. Si donc vous venez m'examiner dans ma conduite comme épouse, dites-le sans détour; la vérité aime la franchise.
WOLSET.
Tania est ergate mentis integritas,regina serenissima ',
LA REINE CATHERINE
Point de latin, mylords ; depuis mon arrivée je n'ai pas été paresseuse au point de ne pas savoir la langue du pays dans lequel j'ai vécu. Un idiome étrange rend ma cause plus étrange encore, et lui donne un air suspect. Veuillez parler en anglais; il y a des personnes qui , si vous dites la vérité , vous en sauront gré dans l'intérêt de leur malheureuse maîtresse. Croyez -moi , on a été bien cruel à son égard. Mylord cardinal, le péché le plus intentionnel que j'aie commis peut être absous en anglais.
WOLSET.
Noble dame, je regrette que mon intégrité et mon zèle pour sa majesté et vous fassent naître de si violons soupçons, alors que je suis animé des intentions les plus pures. Nous ne venons point, :en accusateurs, pour flétrir votre honneur, dont l'éloge est dans toutes les bouches, ni pour vous préparer de nouvelles douleurs; vous n'cQ
• Si grande cit notre intégrité d'esprit « votre égard, leinc sércuissimc. (Noie du trudwtfur,}
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avez déjà que trop, madame; nous venons pour savoir quelles dispositions d'esprit vous apportez dans l'importante question pendante entre le roi et vous ; nous venons vous donner, en hommes loyaux et sincères, notre opinion consciencieuse, et vous offrir nos services à l'appui de votre cause.
CiUPÉIDS.
Très-honorée dame, mylord d'York, obéissant à sa nature généreuse, et guidé par le zèle et l'obéissancequ'il a toujours professés pour votre majesté, oubliant, en homme de bien, la censure récemment dirigée par vous contre sa personne et sa moralité, censure dans laquelle vous avez été trop loin, vous offre, ainsi que moi, en signe de paix, ses services et ses conseils.
LA REINE CATHEBINE, à part.
Pour me trahir. — {Haut. ) Mylords, je vous remercie tous deux de vos bonnes intentions ; votre langage est celui d'hommes loyaux ; — fasse le ciel que vous vous montriez tels ! — Mais comment avec mon faible jugement répondre à des hommes aussi graves , aussi savans que vous ! comment, dis-je, vous faire une réponse immédi:ite sur un objet si important, qui touche de si près à mon honneur , et même à ma vie, je le crains? En vérité, je l'ignore. J'étais ici occupée avec mes femmes, et Dieu m'est témoin que j'étais peu préparée à recevoir une telle visite et à traiter une affaire de cette importance. En considération de ce que j'ai été, — car je touche aux derniers momens de ma grandeur, — veuillez, mjlords, me laisser le temps nécessaire et le choix de mes conseils pour défendre ma cause.
WOLSEY
Madame, ces craintes sont un outrage à la tendresse du roi; vos espérances sont sans limites, et vos amis sans nombre.
LA KEIttE CATHERINE.
En Angleterre, ils ne peuvent m'ètre d'aucune utilité. Croyez-vous, mylords, qu'aucun Anglais ose m'offrir le secours de ses conseils, et se déclarer ouvertement pour moi contre la volonté de sa majesté? Le sujet qui pousserait la vertu jusqu'à cet excès d'audace serait-il assuré de vivre? Ah ! les amis qui pourraient contrebalancer le poids de mes afûiciions, ceux qui ont ma conliance, ne sont point ici, mylords. Us sont, ainsi que tous lesubjets qui me sont chers, bien loin de ces lieux, dans moQ pays natal.
CAMPEias.
Je désirerais que votre majesté voulût bien faire trêve â ses chagrins, et accepter mou conseil.
LA REINE CATBEKINB.
Quel est-il, mjlord?
CAUFÉIUS.
Remettez votre cause à la protection du roi. Il vous aime; il est généreux; vous servirez beaucoup mieux par là l'intérêt de votre honneur et celui de votre cause; car si la loi vous frappe de ses rigueurs, vous partirez déshonorée.
WOLSEY
Ce qu'il vous dit est vrai.
LA REINE CATHERINE
Vous me conseillez ce que vous désirez tous deni^ ma ruine. Est-ce là un conseil chrétien? Ilonte sur vousl mais le ciel est au-dessus de tout; U siège un juge qu'aucun roi ne peut corrompre.
CAUPÉICS.
La passion vous rend injuste; vous vous mâ« prenez sur notre compte.
LA BEINE CATHERINE.
La honte n'en est que plus grande pour vous; sur mon ame, je vous prenais pour des homme» pieux; je voyais en vous deux vertus cardmales; mais vous n'êtes, je le crains, que des péchés cardinaux, que descœurshypocriles.Fidonc, mylords hàlez-vûus de vous corriger. Sont-ce là vos cousolatious? est-ce là le baume que vous apport» aux maux d'une femme malheureuse, isolét au milieu de vous, outragée, insultée? Je ne vous souhaite pas la moiiié de mes niisères; j'ai uop de charité pour cela : mais je vous donne un avertissement salutaire; craignez, au nom du ciel, craignez que tout le poids de mes douleurs ne retombe à la fuis sur vous.
WOLSEY
Madame, c'est véritablement du délire. Vous réduisez à des calculs de haine l'offre de notre dévouement.
LA REINE CATBERIMB.
Vous me réduisez à néant. Malheur à vous0 à tous lesbypocrites qui vous ressemblent! Si vo^ aviez au cœur le moindre sentiment de justice ou de pitié, si vous aviez du prêtre autre chose qat l'habit, voudriez-vous me voir remettre ma cauie en péril entre les mains de celui qui m'abhorrjj Hélas I il m'a déjà bannie de son lit, depuis lon| temps de son amour: je suis vieille, mylords, el je ne lui suis plus attachée que par le lien'Je l'obéissance. Que peut-il m'arriver de pire qu'uil telle misère? Que toute votre science me troiipt une malédiction égale à celle-là.
CAUPEIUS.
Vos craintes vont trop loin.
LA REINE CATHERINE
Je parlerai pour moi-même, puisque la vertu'l trouve pas de défenseur. Ai-je donc vécu si loi temps épouse loyale et fidèle, en femme, je i le dire sans vaine gloire, que le soupçon ne ii jamais? ai-je reporté sur le roi toutes mes aO tiens? a-t-il été après le ciel mon amour le { cher? lui ai-je obéi? l'ai-je idolâtré avec ^ tendresse superstitieuse, oubliant presque' prières, dans ma sollicitude à lui complain tout cela pour me voir ainsi rêcompenséeT I n'est pas bien, mylords. Montrez-moi une fen fidèle à son époux, une femme qui n'ait jan rêvé d'autre joie que ce qui peut lui plaire, et au mérite de cette femme, lorsqu'elle aura pousse aux dernières limites l'accomplissement du devoir, j'en ajouterai un plus glorieux que tous les aulrc^f — une grande résignation.
HENRI VUI
WOtSEY.
Madame, vous perdez de vue l'objet utile qui nous amène.
LA REINE CITHERtItE.
Hjlord, je ne commettrai pas le crime de résigner volontairement le noble titre d'épouse que je riens de votre maître. La mort seule pourra effetloer un divorce entre ma dignité et moi.
WOLSEt.
Veuillez m'entendre.
Ll RBINE CITBEKINE.
Ptdt à Dieu que je n'eusse jamais mis le pied fur le sol de l'Angleterre, ni respiré les parfums idalaleurs qui s'en exhalent I Vous avez des visages l'iBge, mais le ciel connaît vos cœurs. Malheureuse, que vais-je devenir maintenant? Jamais (emrae fut-elle plus à plaindre que moi? — [A ses ftuma.) Hélas 1 pauvres 6lles, à présent quelle destinée est la vôtre, comme moi, jetées par la leinpéte dans un royaume où il n'y a pour vous ni pitié, ni amis, ni espérance, où je n'ai point à atleodre de larmes sympathiques, où je puis à peine espérer un tombeau. Pareille au lis naguère fio- .-isuDtet l'orgueil du vallon, j'incline ma tête et je meurt,
WOLSEÏ.
Si votre majesté nous permettait de lui faire comprendre la loyauté de nos intentions, ce serait un adoucissement à vos maux. Pourquoi, madame, par quels motifs voudrions-nous vous nuircîHélasî lie telles vues seraient en contradiction avec la jlîceque nous occupons, avec les devoirs de notre nilittère. Nous avons mission de !;uérir de telles doDJeurs, non de les faire naître. Au nom du ciel, considérez ce que vous faites; songez que la marche que vous suivez peut vous causer un grave piéjadice, et vous aliéner complètement le coeur ii roi. L'obéissance est chère aux cœurs des pnoces ; ils en sont amoureux ; mais dès qu'on leur tàisle, ils se courroucent, ils éclatent terribles comme la tempête. Je sais que votre nature est biemeillanle et généreuse; que votre ame est paisible comme la mer dans un calme. Daignez voir eo nous, ce que nous faisons profession d'être, des pacificateurs, des amis, qui s'offrent à vous servir.
CAMFEICS.
Madame, l'événement vous le prouvera. Vous (jiteslort à vos vertus par ces craintes dignes d'une •me faible, efféminée. Un noble cœur tel que le fine doit rejeter ces dé6ances comme monnaie de mainais aloi. Le roi vous aime; ne vous exposez pis a perdre son affection : quant à nous, si vous daii^oez nous accorder votre confiance dans cette JÎjirc, nous sommes prêts à mettre à votre sertice tout ce que nous avons de lumières.
Là REINE CATHERINE.
Faites ce que vous jugerez à propos, mylords; tt veuillez me pardonner de vous avoir traités avec si peu de ménagemens. Vous savez que je ne suis qu'une femme dépourvue ds la capacité né-
cessaire pour répondre convetiablement i des personnages tels que vous. Portez, je vous prie, i. sa majesté , l'expression de mon dévouement. Il a encore mon cœur, et il aura mes vœux et mes prières tant que durera ma vie. Venez, vénérables prélats , venez me donner vos conseils : elle implore aujourd'hui celle qui, en posant le pied sur ce rivage , ne s'attendait pas à (layer ses dignités si cher.
Us sortenU