SCENE n
Une antichambre de l'appartement du roi.
Entrent LE DUC DE NORFOLK , LE DUC DE SUFFOLK, LE COMTE DE SURREY, LE LORD CHAMBELLAN.
NORFOLK
Si VOUS voulez maintenant réunir vos plaintes, et y mettre de la persévérance , le cardinal ne pourra vous résister; si vous laissez échapper l'occasion actuelle, je vous prédis que vous ajouterez de nouvelles disgrâces à celles qus vous subissez déjà.
SURRET.
Je me félicite de la plus légère occasion qui me remet en mémoire l'obligation de venger sur lui la mort du duc mon beau-père.
SOFPOLK.
Quel est le pair qui n'ait pas essuyé ses mépris, ou qu'il n'ait pas laissé dans un étrange oubli? A-t-il jamais respecté le rang et la dignité ailleurs que dans sa propre personne?
LE LOnn CHAMBELLAN.
Mylord, vous direz tout ce qu'il vous plaira. Je sais ce qu'il a mérité de vous et de moi ; mais quoique maintenant l'occasion semble nous servir, je crains beaucoup que nous ne puissions pas grand'chose contre lui. Si vous ne parvenez i lui interdire tout accès auprès du roi, tout ce que vous tenterez contre lui sera inutile; car sa parole a un charme qui maîtrise le roi.
NOKEOLK.
Oh! soyez tranquille; son charme est détruit sous ce rapport. Le roi a contre lui des griefs qui gâtent pour toujours le miel de son langage. Non, il est tombé dans la disgrâce de manière à ne s'en relever jamais.
SDRREY.
Mylord, ce serait une grande joie pour moi que d'apprendre toutes les heures de pareilles nouvelles.
NORFOLK
Croyez-moi, la chose est certaine. Ses actes cuutradicloires dans l'aHaire du divorce sont tous découverts, et il y joue un râle tel que je le pourrais souhaiter à mon eiut«inii
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6URRET.
Comment sa conduite a-t-elle été dévoilée?
SUFFOLK
De la maaière la plus étrange.
SCRRET.
0ht comment, comment?
SOFFOLK.
ta lettre du cardinal au pape a été interceptée, et a été mise sous les yeux du roi. On y a vu comment le cardinal conjurait sa sainteté d'arrêter la procédure relative au divorce; « car s'il avait lieu, » y disait-il, «je m'aperçois que les atTections du roi se portent sur une créature de la reine, lady Anne Bullen. a
SDI\RET.
Le roi a-t-il cette lettre?
SDFFOLK.
Vous pouvez m'en croire.
SORREY.
Cela produira-t-il quelque elTet?
LE LORD CHAMBELLAN
Le roi voit tous les détours qu'il prend pour en venir à ses lins : mais, sur ce point, tout son manège est en pure perte, et son remède arrive après la mort du malade : le roi a déjà épousé la belle.
SORRET.
plût à Dieu !
SOFFOLK.
Réiouissez-vous donc, mylord; car, je vous le
proteste, voire vœu est accompli.
SWRKEY,
J'applaudis avec transport à cette union.
SIFFOLE.
Elle a tous mes vœux.
NORFOLK
Et les voeux de tous.
SUFFOLK
Les ordres sont donnés pour son couronnement; il est vrai que c'est encore du fruit nouveau, et il ne faut pas en parler à tout le monde. — Mais, mylords, je vous dirai entre nous que c'est une charmante créature, joij,nant au charme de la beauté les perfections de l'esprit. Je me flatte que d'elle il sortira pour le pays quelque bienfait mémorable.
SDRRET.
Mais croyez-vous que le roi digérera celte lettre du cardinal? A Dieu ne plaise t
nORFOLE.
J'en dis autant que vous.
SUFFOLK
Non, non; d'autres mouches bourdonnent i son oreille , qui lui rendront encore cette piqûre plus sensible. Le cardinal Campéius est parti sccrètcnicnt pour Rome, sans prendre congé, laissant la cause du roi sans solution ; il est parti en toute bâte pour servir d'agent au cardinal, et appuyer son intrigue. Je vous assure qu'à cette nouvelle le roi a cric : Ha!
LE LORD CUAMCELLAN.
Dieu veuille enQaai".*er de plu» en plus son cour-
roux et lui faire crier [bal plus énergiquement encore 1
NORFOLK
Mais, mylord, quand revient CraomerT
StFFOLK.
Il est de retour, persistant dans ses opiniotu antérieures qui ont déterminé le roi à demander le divorce; il les rapporte, appuyées de la décision de tous les collèges célèbres de la chrétienté. Je pense que sous peu le second mariage du roi ser» publié, et que le couronnement de sa nouvelle épouse ne tardera pas. Catherine n'aura plus le titre de reine, mais celui de princesse douairière, veuve du prince Arthur.
HORFOtE.
Ce Cranmer est un honnête homme, et il s'est donné bien des peines dans l'affaire du roi.
SOFFOLK.
C'est vrai, et pour sa récompense nous le verrons archevêque.
nORFOLK.
C'est ce que j'ai ouï dire.
SOFFOLK.
Cela sera. — Le cardinal t
Entrent WOLSEY et CROMWELL.
NORFOLK
Rcmarquez-le bien ; il a de l'humeur.
WÛLSEY.
Ce paquet, Cromwell, — l'as-tu remis au roil
CROMWELL
Je l'ai remis à lui-même, dans sa chambre i coucher.
WOLSBT.
A-t-il jeté les yeux sur ce qu'il contenait?
CROMWELL
Il l'a décacheté sur-le-champ ; au premier pa« pier qui a frappé sa vue, il a pris un air sérieux; une vive préoccupation était peinte sur son visage, et il m'a chargé de vous dire de venir It trouver ici ce matin.
WOLSBT.
Se disposait-il à sortir î
CROMWELL
Je crois qu'il va sortir dans l'instant.
WOLSEÏ.
Laisse-moi un moment.
Cromwell sort.
woisEV, continuant.
Ce sera la duchesse d'Alençon, la sœur du rol de France, — il faut qu'il l'épouse. — Aune Bullen! Je ne veux pas d'Anne liullen pour lui : il nuiis faut ici quelque chose de plus qu'un beau visage. — liullen 1 non, point de Bullen.— Il me taide de recevoir des nouvelles de RoiBOi — La marquise de Pembroke !
NORl'OlK,
Il est mécontent.
HENRI VIlIî
BDFFOLK.
Peut-ê(re a-t-il appris que le roi aiguise sa colère contre lui.
SDRREY.
Rends-la tranchante, ô cielj dans ta justice t
WOLSEY
One dame d'honneur de la ci-devant reine, la fille d'UD simple baronnet, serait la maîtresse de 83 maîtresse I la reine de la reine! — Cette bougie n'éclaire pas ; c'est à moi de la moucher ; et en même temps, del'éleindre. — Jeconnaissesqualités H SCS mérites ; mais je la connais aussi pour une eniagée luthérienne, et il n'est pas bon pour notre cause qu'elle repose dans les bras de notre roi, dcji si difficile à gouverner. Et puis, voilà un ferlain Cranmer qui commence à surgir, un archibcrélique, qui s'est insinué dans la faveur du roi, et qui est devenu son oracle.
NORFOLK
Quelque chose le dépite.