‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 337 sur 633 · ORDRE DU CORTÈGE · texte numérisé non relu

ORDRE DU CORTÈGE

1" Deux Joces;

2° Le Loud Chancelier, devant qui on porte la bourse et la masse ;

3" Un Choeur deChantedrs, dont la musique accompagne la voix;

4° Le Maire de Londres, portant la masse, suivi du Roi d'armes laiarretiébe, vClu de sa colle d'armes, et portant sur sa tête une couronne de cuivre dore;

£)» Le Marquis de Dorset , tenant en main un sceptre d'or, et ayant sur la tête une demi-couronne d'or; à côté de lui le Comte de Surrey, une couronne de comte sur la tête, et tenant à la main la verge d'argent surmontée d'une colombe. Tous deux portent le collier de l'ordre du Saint-Esprit;

C Le Duc de Suifolk, dans sa robe de cérémonie, sa couronne ducale sur la télé, et portant une longue baguette blanche, en sa qualiié de grandmaitre de ta maison du roi; n <■■=/.< <lc lui le Duc DE Norfolk, sa couronne sur ta léte, et son

bàion de maréchal à la main. Tnui) deux portent le collier de l'ordre du Saint-Esprit ;

"i" Un dais porlé par quatre des barons (.'es citii; ports'; sous ce dais marche la Rei.\e, tevciui des insignes de la royauté; la couronne est sm sa tête, et des perles magnifiques sont entremêlées à sa chevelure; à ses côtes sont les ÉvÉcUES DE Londres et de 'Winchester;

8° La vieille Duchesse de Norfolk, la tHe ceinte d'une couronne d'or entremêlée de fleurs, poric la queue de la robe de lareine;

9» Plusieurs Ladies ou Comtesses, la tête ceinte d'un cercle d'or tout uni, sans mélange de fleurs.

dedxièue bourgeois.

Voilà un cortège vraiment royal , sur ma parole! — Je connais ceux-ci. Quel est celui qui porte le sceptre?

PREUIER BOURGEOIS.

Le marquis de Dorset; celui qui tient à la main la verge d'argent est le comte de Surrey.

deuxième BOURGEOIS.

C'est un gentilhomme fier et de bonne mine. Cet autre est le duc de Suffolk?

premier BOURGEOIS.

Lui-même, le grand-maître de la maison du roi.

DEUXIÈME BOURGEOIS

Et celui-ci est mylord de Norfolk?

PREMIER BOURGEOIS

Oui.

DEUXIÈME BOURGEOIS, apercevant la reitie.

Que Dieu répande sur toi ses bénédictions! — Aussi vrai que j'ai une ame, c'est un ange; quand noire roi presse cette lady dans ses bras , il peut se vanter de posséder un trésor plus précieux que toutes les richesses de l'Inde. Je ne puis blâmer sa conscience.

PREMIER BOURGEOIS

Ceux qui portent le dais au-dessus de sa tête sont les quaitre barons des cinq ports.

DEUXIÈME BOURGEOIS

Ces hommes sont heureux, ainsi que tous ceux qui sont près d'elle. Si je ne me trompe, celle qui porte la queue de sa robe est cette noble lady, la vieille duchesse de Norfolk ?

PREMIER BOURGEOIS

C'est elle; et toutes les autres soDt des comtesses.

DEUXIÈME BOURGEOIS

Leurs couronnes l'annoncent; ce sont des astres , et parfois des étoiles qui tombent.

PREMIER BOURGEOIS

Laissons cela.

Le cortège s'éloigne au brtUt des fanfares.

* Les cinq ports d'Angleterre du côte de la France, t^jj voir ; Douvres, Sandwich, Hithc, Riimney, Ilastings, auxuucls on ajoute I\yc cl Winchetscu. U duc de Wel lingion est aciucllemcDl laroa des Ciu'i furls, I^Hvft du traducteur.')

HENF,I VfrJ.

Arrive UN TR01S!È>1F. COURGEOIS.

rKEHien bourceois, continumii.

Bonjour, me^siro! 0" avez - vous étô , que vous cics tout en na^c?

TROISIÈME BOUr.GEOIS.

Parmi les spectaipurs qui encombraient l'abbaye; la foule y était tellement pressée qu'on n'aurait pu y faire pi'n'-ircr le petit doigt; l'explosion de leur joie a lailli m'éionOer.

DEOXlÈMe BOURGEOIS.

Vous avez vu la cérémonie?

TROISJÊUE BOIJKGEOIS.

Oui , certes.

PBEMIEB BOUr.GEOIS.

Comment était-elle T

TROISIÈME BOURGEOW.

Cela méritait d'être vu.

DECXIÈME BOURGEOIS.

Conlez-nousccla, je vous prie.

TROISIÊUE BOURGEOIS.

Je vais vous le conter de mon mieux. Un brillant cortège de lords et de ladies ayant conduit la reine à la place qui lui était destinée dans le chœur, tous se sont aussitôt retirés à quelque distance, et sa majesté s'est reposée environ l'espace d'une demi-heure, assise dans un riche fauteuil, exposant pleinement la beauté de sa persnnne aux regards du peuple. Croyez-moi, c'est la plus belle femme qu'aucun homme ait jamais possédée. Lorsqu'elle a paru ainsi complètement en vue du peuple, il s'est élevé un bruit formé de mille bruits divers, pareil à celui que font les voiles d'un navire, pendant une violente tempête; chapeaux, manteaux, pourpoints même, je crois, ontvolé enl'airjetsi leursvisagesavaient pu sedétaclier. ils lesauraientperdusaujourd'hui. Je n'ai jamais vu de pareils transports de joie. Des femmes touchant au terme de leur grossesse, et n'ayant plus que quelques jours à attendre, frappaient la foule de leur ventre, comme autrefois les béliers battaient les remparts, et faisaient tout céder devant elles. Pas un homme n'eût pu dire : « Voili ma femme, » tant la confusion était grande.

OEOXIÈUE BOURGEOIS.

Mais contez-nous la suite.

TROISIÈME BODRGEOIS.

Enfin, sa majesté s'est levée, et avec une gravité modeste elle s'est approchée de l'autel; là elle s'est agenouillée, et, ses beaux yeux levés vers le ciel, elle s'est mise à prier avec ferveur : ensuite elle s'est relevée et s'est inclinée devant le peuple; alors elle a reçu avec dignité des mains de i'arcbevéque de Canlerbury tous les attributs du couronnementdesreines, tels que l'huile sainte, la couronne d'Edouard le Confesseur, le sceptre et l'oiseau de paix, et autres emblèmes. Cela fait, le chœur, accompagné de la plus belle musique 4a (»]|aua>«, a cbauié le ïe JDsuut. Ensuite elle a

quitté l'église, et elle est revenue dans le même appareil à York-Place, où se donne la fête.

PREMIER BOCBCeUIS.

Messire, cen'csi pIusYork-Plare que vous devez l'appeler; c-!a est du vieux style:dcpuis la .hulc du cardina', ce palais a cbangé de nom; aujourd'hui il appartient au roi, et s'appelle Whiieball.

TR0IS1F"!: BOIRCEOIS.

Je le sais : m lis le changement est si récent, que l'ancien nom me revient toujours.

DEUXIÈME BOURGEOIS

Quels étaient les deux vénérables évéques qui marchaient aux côtés rie la reine t

TROISIEME BOURGEOIS

Slokesly et Gardiner; ce dernier, évêque de Winchester, siège auquel il a été récemment promu, de secrétaire du roi qu'il était; l'autre, évêque de Londres.

DEUXIÈME BOURGEOIS

On dit que l'évêque de Winchester est médiocrement l'ami de l'archevêque, le vertueux Cranmer.

TROISIÈME BOURGEOIS

Tout le pays sait cela. Néanmoins, jusqu'à présent, il n'y a pas eu de rupture ouverte; quand cela viendra, Cranmer trouvera un ami qui ne l'abandonnera pas.

DEUXIÈME BOURGEOIS

Quel est-il, je vous prie?

TROISIÈME BOURGEOIS

Thomas Cromwell, homme fort estimé du roi, ami loyal et sincère. Le roi l'a créé granJ-maitre des joyaux de la couconne, et il est déjà membre du conseil privé.

DEUXIÈME BOURGEOIS

Son mérite le mènera plus loin encore.

TROISIÈME BOURGEOIS

Sans aucun doute. Venez, messires ; accompagnez-moi; je vais à la cour, et vous y serez mes hôtes. J'y jouis de quelque autorité; chemin laisant, je vous en dirai davantage.

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